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Intervention de Jean-Pierre Dufau

Réunion du 3 novembre 2009 à 9h30
Projet de loi de finances pour 2010 — Action extérieure de l'État

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Pierre Dufau :

Certes, il s'agit aujourd'hui de parler des moyens mis en oeuvre, mais, au-delà, on est bien en droit de se demander quelle politique ils vont servir.

La démocratie peine à s'enraciner en Afrique. Certains pays connaissent des évolutions vertueuses, tels le Bénin, le Mali, Maurice. En revanche beaucoup, tout en rendant à l'élection un hommage indirect et révélateur d'une mauvaise conscience, s'évertuent à en dénaturer le sens. Le Gabon, la Mauritanie, le Niger, la Tunisie ont eu recours au suffrage universel pour confirmer leurs dirigeants. Depuis 2005, la Côte d'Ivoire espère une consultation transparente. Le Sénégal, qui, pourtant, depuis l'alternance acceptée par le président Diouf, paraissait entrer sur la voie d'un sans-faute démocratique, donne des signes de faiblesse préoccupants.

En Guinée, les militaires ont tiré sur les militants de partis civils, et tué plusieurs dizaines d'entre eux. Je tiens à votre disposition un appel de la communauté guinéenne de Lyon, que vous avez peut-être reçu, qui demande à la France de cesser toute coopération avec le régime militaire de Moussa Dadis Camara, qui se fait l'interprète du peuple en détresse pour la défense des droits de l'homme et appelle, le cas échéant, à la constitution d'une cour pénale internationale, pour agir en vue d'un retour, dans ce pays, de l'ordre constitutionnel et de la démocratie.

La France est donc attendue. Au Kenya et au Zimbabwe aussi, élections rime trop souvent avec exclusions et exécutions.

Que peut faire et dire la France en ces circonstances ?

Elle doit d'abord tenir envers les uns et les autres le même discours. Ce qu'elle prétend des uns, elle se doit de l'attendre des autres. Une réactivité à la carte serait contreproductive et contestée. Bien entendu, les exigences à l'égard de l'Afrique ne peuvent être qu'universelles. Il ne saurait y avoir d'exigences continentalisées ou à la carte. L'exigence du droit, des libertés, du respect de la vie est la même que l'on soit à Conakry ou à Lhassa.

En tant qu'ancienne puissance coloniale, la France se doit aussi d'être exigeante envers elle-même. Elle doit être au clair avec son passé. Les discours sur le caractère positif de la colonisation sont moralement inacceptables, politiquement incorrects et, in fine, dommageablesaux intérêts de la France. Les leçons paternalistes du type de celles que le Président Sarkozy est allé défendre à Dakar relèvent d'une époque que l'on croyait oubliée ou réservée aux nostalgiques de l'empire. Les Africains noirs sont bel et bien dans l'histoire, la même que la nôtre, et, à l'approche du 11 novembre, qui célèbre la fin de la Première Guerre mondiale de 1914-1918, rappelons-nous qu'ils en ont donné la preuve avec leur sang.

La France doit donc veiller à respecter l'humanité et la vie des étrangers qui, pour une raison ou pour une autre, politique ou économique, se trouvent sur son sol. La France est un pays de droit. Elle doit le rester et veiller à préserver cette image. De ce point de vue, il est préoccupant de lier, comme c'est le cas depuis 2007, immigration et identité nationale. C'est plus qu'une erreur, c'est une faute. La patrie des droits de l'homme risque de perdre une part de son influence et de son rayonnement. Elle risque, de façon tout aussi préoccupante, d'éroder gravement l'esprit de la République.

Les conséquences de cette décision sont connues : criminalisation des étrangers, expulsions expéditives, création de centres de concentration, véritables Drancy d'échoués venus d'Afrique et d'Asie. N'est-il pas paradoxal que, au moment où le Quai-d'Orsay recommandait aux Français de Kaboul de ne plus sortir en raison de l'insécurité, au moment où la France confirmait son engagement militaire là-bas, le ministre de l'identité et de l'immigration expulse trois Afghans auxquels l'asile avait été refusé ?

Enfin, si la France veut rester la France, elle doit préserver ce qu'elle est. Ce qui la menace, ce sont les privatisations de ses acquis sociaux, l'abandon de ceux qui ont perdu leur travail, la marchandisation du service public, l'« otanisation » de sa politique extérieure. La menace principale ne vient pas de quelques malheureux Afghans ou Maliens en quête de mieux vivre.

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