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Intervention de Christophe Sirugue

Réunion du 10 septembre 2010 à 15h00
Réforme des retraites — Article 6

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaChristophe Sirugue :

J'ai eu beau écouter tous les arguments qui nous ont été présentés, avoir lu tous les documents distribués et suivi tout ce qui a été diffusé par les radios et les télévisions, je n'ai rien trouvé qui justifie véritablement que le relèvement de la première borne d'âge – relèvement dont je comprends la philosophie, mais que je combats – oblige à relever la seconde borne.

Tout se passe comme si, pour le Gouvernement, l'allongement de la période d'activité devait faciliter le passage direct de l'emploi à la retraite. Pourtant, d'ores et déjà, six Français sur dix sont sans emploi lorsqu'ils partent à la retraite. Comment ces personnes qui aujourd'hui déjà veulent travailler pourront-elles s'inscrire dans le dispositif proposé ?

Ce dispositif est particulièrement préoccupant pour les femmes, mais c'est aussi le cas pour toutes les personnes précaires qui, lorsque nous les rencontrons dans nos permanences, nous font part de ce que l'on ne peut appeler autrement que des « galères ». Comment peut-on imaginer qu'elles devront attendre 67 ans pour prétendre entrer dans un dispositif qui ne leur assurera même pas pour autant des ressources leur permettant de vivre dignement ?

Comme Mme Marisol Touraine, je veux aussi parler du message que nous envoyons aux jeunes générations. L'année dernière, dans mon avis budgétaire sur la partie « Solidarité » de la mission « Solidarité, insertion et égalité des chances », j'avais choisi de traiter le thème des jeunes : ce n'est rien de dire que leur entrée dans la vie active est aujourd'hui d'une incroyable difficulté. Malheureusement, le temps mis par un jeune pour se stabiliser professionnellement en France est supérieur de sept à dix ans à celui constaté dans des pays comparables. Alors, proposer à tous ces jeunes des dispositifs prévoyant que l'accès à la retraite ne se fait plus à 60 mais à 62 ans, plus à 65 mais à 67 ans, n'est-ce pas les faire douter de l'intérêt même du système par répartition que, dans cette enceinte, nous voulons tous défendre ?

Une autre question se pose : quelle est l'incidence de l'article 6 sur le revenu de solidarité active ? M. Christian Eckert évoquait tout à l'heure les conséquences du départ négocié entre employeur et salarié qui induit, au bout du compte, un basculement sur l'UNEDIC. Avec l'article 6, le risque est extrêmement grand de voir le RSA devenir le passage obligé de fin de carrière pour les nombreuses personnes qui devront attendre 67 ans afin de bénéficier d'une retraite à taux plein. Il faut tout de même prendre en compte cet élément. Malheureusement, pour les personnes les plus âgées qui pourront en bénéficier, le revenu de solidarité active risque de devenir une variable d'ajustement. En fait, il va s'opérer un basculement équivalent à celui décrit par M. Eckert mais, cette fois, vers une porte ouvrant sur le RSA devenu le vestibule d'attente du départ à la retraite. Pour ma part, je n'avais pas compris que le RSA devait servir à cela ; je croyais qu'il s'agissait au contraire d'un dispositif destiné à stimuler le retour à l'emploi.

Il s'agit d'un problème très lourd, non seulement financièrement, mais surtout humainement. Comment voulez faire croire aux Français que votre réforme des retraites constitue une opportunité pour travailler plus longtemps, alors même qu'aujourd'hui les seniors sont remerciés par les entreprises bien avant 60 ans ? Le dispositif que vous voulez mettre en place leur demande tout simplement d'attendre encore jusqu'à leurs 67 ans.

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