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Intervention de Nicolas Dupont-Aignan

Réunion du 8 septembre 2010 à 15h00
Réforme des retraites — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaNicolas Dupont-Aignan :

Messieurs les ministres, les Français savent qu'il faut une réforme des retraites et vous savent gré d'avoir eu le courage de l'entamer.

Pour autant ils sont inquiets et ils ont raison. Dans ce débat, où les postures de droite et de gauche l'emportent comme si cette réforme devait en fait servir de marqueur, beaucoup de nos compatriotes ne s'y retrouvent pas et ils ont raison.

Je voudrais insister aujourd'hui sur deux points qui me paraissent essentiels. Il n'y aura pas de réforme réussie si l'on ne s'attaque pas vraiment au chômage de masse qui gangrène notre pays. Il n'y aura pas de réforme réussie, qui ne soit simple et juste.

Quand comprendra-t-on que les déficits des comptes sociaux s'expliquent principalement par le chômage de masse qui gangrène notre pays ? Vingt ans de ce Munich économique et social que décrivait de façon prémonitoire notre très regretté Philippe Séguin.

Au risque de vous choquer, l'enjeu, ce ne sont pas les retraites. L'enjeu, c'est la compétitivité du pays pour financer notre modèle social.

Face à une voiture dont le moteur a des ratés, que fait le bon garagiste ? Allège-t-il la voiture, à mesure que s'écoule le temps, en enlevant les accessoires, ou s'attaque-t-il à l'essentiel : le moteur ?

Avec 500 000 chômeurs de moins, le problème des retraites est déjà en partie résolu. Avec un million il l'est quasi totalement. D'autant – c'est important de le rappeler, car cela n'a pas été beaucoup souligné au cours du débat – que nous avons la chance en France d'avoir une démographie dynamique, liée à une politique familiale audacieuse depuis la Libération, démographie qui nous différencie de l'Allemagne et de l'Italie. On ne peut pas assimiler les trois pays. Cette démographie garantit la pérennité de la répartition.

Mais s'attaquer à la compétitivité du pays, de ses entreprises, c'est autrement plus courageux que d'effectuer cette réforme, car c'est oser briser des dogmes. Je pense à la TVA sociale, seul moyen de baisser les charges sur les petites entreprises, qu'a refusé la gauche et que n'ose pas mettre en oeuvre l'UMP.

Je pense à la baisse de l'impôt sur les sociétés pour les entreprises qui investissent en France, pour éviter les délocalisations et faire une différence entre celles qui partent à l'étranger et celles qui investissent dans notre pays.

Je pense au contrôle de notre secteur bancaire, de plus en plus oligopolistique, pour qu'il finance nos PME, au lieu de les vampiriser pour attribuer des bonus toujours plus importants et jouer sur les marchés financiers.

Et puis il y a le dogme de l'Euro – vous connaissez ma position – qui nous asphyxie, le dogme du libre-échange déloyal de cette construction européenne, qui s'éloigne tous les jours un peu plus des peuples.

On peut faire toutes les réformes possibles des retraites : sans relance de l'emploi, il n'y aura pas d'issue. C'est une course sans fin vers la paupérisation du pays.

Nous nous retrouverons ici, dans quelques années, pour nous chamailler sur la répartition du gâteau alors que nous devrions nous unir pour le faire grossir et avoir le million d'emplois qui nous manque depuis des années.

Mais il n'y aura pas de réforme réussie si elle n'est pas juste et lisible, en un mot légitime.

Si je comprends et soutiens votre volonté de repousser à soixante-deux ans le départ à la retraite, je ne pourrai jamais approuver la prolongation de soixante-cinq à soixante-sept ans pour la fin de la décote.

Un journal récent – vous nous donnerez les chiffres, monsieur le ministre – indiquait que cette mesure rapporterait 4 milliards d'euros. Mais a-t-on imaginé le coût pour la société, le coût pour les allocations handicapés, pour les allocations chômage, pour les collectivités locales, de ces centaines de milliers de retraités que vous condamnez à une situation misérable ? Je pense aux femmes qui n'ont pas de carrière complète, je pense aux plus modestes.

Et au même moment, vous le savez, aucun effort réel, si ce n'est symbolique, n'est demandé aux plus aisés et aux revenus du capital. Une taxation bien plus nette des stock-options, un effort des plus riches avec la suppression du bouclier fiscal permettrait de compenser la suppression de cette mesure inique, indigne et inefficace. Que l'on ne nous dise pas que l'Angleterre et l'Allemagne attireraient les plus aisés, lorsque l'on connaît les mesures fiscales qu'ils viennent de prendre pour les personnes les plus riches. Ce qui était sans doute vrai en 2006 ou 2007, quant à la différence entre la France et les autres pays, ne l'est plus aujourd'hui.

Les Français savent qu'il faut fournir un effort mais ils ne comprennent toujours pas pourquoi ce « deux poids, deux mesures » qui s'apparente à un clientélisme de classe.

Que devrait être cette vraie réforme, cette modernisation, de la retraite par répartition ? Le report à soixante-deux ans prend bien sûr en compte l'allongement de la durée de vie, je le reconnais. Mais pourquoi ne pas aller plus loin ? Pourquoi cette occasion perdue de ne pas revoir fondamentalement notre système ? Unifier les régimes publics et privés, simplifier les régimes, instaurer un système à points sur le modèle suédois en le mettant en place progressivement, comme l'Italie par exemple, sur un certain nombre d'années, si c'est difficile dans notre pays.

Sans oublier bien évidemment la contribution plus juste des très hauts revenus des patrimoines, qui deviennent indécents dans notre pays ; ils révoltent nos concitoyens et détournent notre électorat de l'effort que vous voulez accomplir pour le renvoyer vers la gauche, parce que vous ne les comprenez pas, vous ne les entendez pas.

En définitive, cette réforme a pour objet de servir de marqueur, de faire croire que l'on a pu être courageux. Mais le vrai courage serait d'offrir des emplois aux Français qui permettraient de payer notre système social.

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