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Intervention de Hugo Sada

Réunion du 14 octobre 2009 à 11h15
Commission des affaires étrangères

Hugo Sada, délégué à la paix, aux droits de l'homme et à la démocratie à l'OIF et chercheur à l'IRIS :

L'élément qui a le plus pesé dans cette élection a été l'absence d'une candidature unique face à Ali Bongo, observation confirmée par les résultats proclamés aujourd'hui. Sur un aussi petit électorat – 250 000 votants – il est indéniable qu'un candidat unique de l'opposition aurait battu Ali Bongo. Nos interlocuteurs du parti démocratique gabonais, le parti d'Ali Bongo, reconnaissent d'ailleurs que c'était leur crainte majeure.

Quant aux assertions selon lesquelles Ali Bongo serait arrivé troisième à l'élection, on a déjà vu fleurir ce genre d'affirmations au sein de la population et de l'opposition dans beaucoup de pays où se tiennent des élections sensibles : dénoncer les fraudes massives, parler de « coup d'État électoral », cela fait partie du jeu politique. À partir de ce que nous avons pu évaluer sur place, nous avons, nous, le sentiment que les résultats de cette élection reflètent le vote des électeurs.

J'ai quand même certains doutes quant à la transparence du scrutin. Nos missions envoyées au Gabon lors des élections qui se sont déroulées ces quinze dernières années avaient déjà noté certains problèmes concernant la fiabilité du fichier électoral, le contrôle et la transparence de la collecte et de la transmission des résultats à la Cour constitutionnelle.

Cette fois, notre mission a abouti à deux conclusions majeures. D'une part, à l'exception des événements violents de Port-Gentil, le scrutin s'est déroulé dans des conditions techniques correctes et plutôt dans le calme.

Mais, d'autre part, les problèmes soulevés à l'occasion des précédentes missions et des précédents scrutins n'avaient toujours pas reçu de solution satisfaisante, notamment sur le plan de la transparence. Ainsi L'OIF avait suggéré la publication sur Internet de l'ensemble des procès-verbaux des bureaux de vote, comme nous l'avions obtenu en Mauritanie pour le scrutin de juillet, ainsi que dans d'autres pays francophones. Cela n'a pas été le cas au Gabon, malgré nos demandes insistantes.

Quant au risque de contagion, il faut noter que même dans des pays d'Afrique non francophones, tels que le Kenya ou le Zimbabwe, certains processus électoraux, au lieu de faire avancer la démocratie, sont facteurs d'instabilité et de crise. D'autre part, la situation est beaucoup plus incertaine et fragile dans d'autres pays d'Afrique francophone. Même si le terme de contagion n'est pas le plus adapté, c'est un fait que la multiplication des révisions constitutionnelles, la fragilité des processus électoraux, l'insuffisante consolidation des institutions démocratiques créées par les nouvelles constitutions adoptées depuis le milieu des années quatre-vingt posent aujourd'hui problème, que ce soit au Niger, en Guinée, en RDC ou à Madagascar. Nous ne sommes pas dans une situation de consolidation significative des processus démocratiques.

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