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Intervention de Jean-Pierre Brard

Réunion du 7 avril 2009 à 15h00
Développement économique des outre-mer — Article 1er a

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Pierre Brard :

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, il est très important que les articles visant à permettre aux pouvoirs publics de réglementer les prix des produits de première nécessité pour plus de transparence soient votés, au risque de provoquer de grands frissons chez notre collègue Michel Diefenbacher. Il est heureux que les sénateurs aient comblé une grave lacune du projet gouvernemental et que notre commission des finances ait confirmé ces rédactions, auxquelles je proposerai quelques ajouts. Ne pas voter cet article nous ferait passer à côté des principales préoccupations de nos concitoyens d'outre-mer. Cela reviendrait également à nous rendre coupables d'une ignorance fautive à l'égard des revendications portées par les puissants mouvement populaires qui ont animé ces territoires durant plusieurs semaines. Il est temps que le législateur intervienne afin de combattre l'injustice criante que constitue la vie chère dans les collectivités d'outre-mer.

Cela fait des années que les gouvernements successifs font preuve d'un attentisme inacceptable alors que nous savons que les prix élevés ont des causes précises, que j'avais du reste dénoncées dans le rapport d'information de la commission des finances de mars 2007 relatif à la transparence des règles applicables aux pensions de retraite et aux rémunérations d'outre-mer.

Il est temps de faire acte de volonté politique, de mettre fin à ces situations insupportables et rendues d'autant plus dramatiques par la crise que nous traversons.

Je fais écho à ce qu'a déclaré Pierre Méhaignerie : les arguments qu'on nous sert habituellement pour justifier cet état de fait et l'inaction des pouvoirs publics, tels l'éloignement, le coût de l'importation, l'étroitesse des marchés, ne suffisent pas à expliquer pourquoi l'emblématique pot de yaourt, le lait, le gaz, les fruits et légumes peuvent être jusqu'à trois fois plus chers qu'en métropole.

Ces écarts de prix découlent bien plus des situations de monopole, de l'attitude révoltante du patronat local, héritier idéologique et économique des colons esclavagistes – je pense en particulier aux Antilles –, agrippé à ses profits, ainsi que de mécanismes artificiellement construits dont les tenants et les aboutissants sont particulièrement pervers et connus, notamment pour le Pacifique.

Nous pouvons nommer ceux qui s'en mettent plein les poches. Voulez-vous que je vous dise qui est derrière le Nutella, par exemple ? Qui est derrière les médicaments ? C'est connu. Et, face à l'urgence, il est urgent de ne rien faire – principe que les gouvernements ont pratiqué jusqu'à présent.

Les mécanismes en vigueur visent à privilégier les importateurs en place au détriment des nouveaux entrants et à organiser des pénuries pour augmenter les prix de vente des produits locaux. Par ailleurs, l'amplitude injustifiée et injustifiable des marges et, surtout, les situations de monopole ou d'oligopole qui permettent aux producteurs locaux d'aligner leurs prix de vente sur ceux des produits importés, expliquent le prix aberrant de certains produits.

Cette situation nuit au consommateur, qui ne peut choisir qu'entre des produits chers, mais aussi à l'ensemble des économies locales, car les producteurs locaux ne sont pas incités à augmenter leur production. Par conséquent, le niveau anormalement élevé des marges des importateurs et des distributeurs a des conséquences négatives sur le tissu économique local et sur l'emploi.

On comprend donc mal le silence assourdissant des chantres de la concurrence libre et non faussée, qui ne perdent pas une occasion de s'égosiller en métropole mais qui se taisent dès lors qu'il s'agit de l'outre-mer. Il est indispensable qu'une intervention publique sérieuse mette fin aux effets insupportables de ces mécanismes spéculatifs dont résulte la vie chère.

Le taux de chômage dramatique, aggravé par la crise qui frappe de plein fouet les collectivités d'outre-mer,…

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