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Intervention de Jacques Semelin

Réunion du 15 juillet 2008 à 15h00
Mission d’information sur les questions mémorielles

Jacques Semelin :

Sous la présidence et le haut parrainage de Simone Veil et de Esther Mujawayo, rescapée du génocide rwandais, Sciences-Po a lancé le 3 avril dernier une encyclopédie électronique des violences de masse,www.massviolence.org, projet unique en son genre sur le plan international puisqu'il n'existait pas jusqu'ici de base de données et d'analyse rassemblant l'ensemble des connaissances dont nous disposons sur ces violences – massacres, génocides ou « nettoyages » ethniques. Il s'agit d'une nouvelle publication scientifique en ligne liée, en l'occurrence, à mon travail de chercheur mais à laquelle collaborent des collègues francophones réunis autour d'une même éthique de la connaissance. Certes, nous voulons modestement contribuer à prévenir ce type de crimes mais nous veillons surtout à diffuser le savoir dont nous disposons en la matière. Outre Sciences-Po, le CNRS, la Fondation pour la mémoire de la Shoah et le Mémorial de Caen soutiennent ce projet, de même que le prestigieux Institut de recherche en sciences sociales de Hambourg. Le premier jour de la mise en ligne, 20 000 internautes de 118 pays se sont connectés, y compris en Chine, en Russie et en Afrique.

Ce site a pour but de produire des connaissances fiables qui soient utiles non seulement aux étudiants mais également aux politiques, aux juristes, aux ONG et aux différents experts. Quatre années de travail ont été nécessaires à sa réalisation.

Nous avons voulu éviter le terme de « génocide » car si sa pertinence juridique ne fait aucun doute, il fait aussi l'objet de nombreuses tentatives d'instrumentalisation militantes, communautaires, activistes ; à cela s'ajoute que les chercheurs en sciences sociales ne s'entendent pas sur une définition commune ; la notion de « violence de masse » nous a donc semblé plus neutre et plus générale. Nous avons également été confrontés à la question très délicate de la « hiérarchisation des massacres » dans le cadre désormais bien connu de la concurrence victimaire des mémoires. C'est un problème d'autant plus grave que le nombre des victimes suscite souvent des controverses. Nous avons essayé de résoudre ces difficultés à travers une approche géographique de chaque cas.

Le comité de pilotage de ce projet ne s'est jamais interrogé sur l'incidence des lois mémorielles sur la recherche. S'il n'est évidemment pas question de nier la Shoah ou le génocide des Arméniens, il n'est pas exclu qu'à l'avenir des débats aient lieu à partir de nouvelles expériences historiques mais notre projet n'a pas pour but de dire ce qu'il faut ou faudra penser : il vise à favoriser le débat autour de tous les travaux scientifiques. Au fond, nous voulons remplir un « service public universel » auprès du plus grand nombre.

Enfin, ce projet met en jeu la notion de « mémoire » puisqu'il est fondé sur le souvenir des morts. Loin de juger pour condamner, il s'agit avant tout pour nous de comprendre afin d'oeuvrer à la pacification des mémoires. Michel de Certeau n'écrivait-il pas : « L'écriture historique vise à calmer les morts qui hantent le présent et à leur offrir des tombeaux scripturaires » ?

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