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Intervention de Michèle Alliot-Marie

Réunion du 15 décembre 2010 à 16h15
Commission des affaires étrangères

Michèle Alliot-Marie, ministre d'état, ministre des affaires étrangères et européennes :

Ce n'est pas ainsi qu'il convient de voir les choses. La recherche, qui coûte extrêmement cher, est essentielle d'un point de vue stratégique. Si vous dépendez de la recherche de quelqu'un d'autre, vous dépendez aussi de lui sur le plan de l'utilisation, et donc du matériel. On ne peut pas avoir une industrie de la défense sans recherche de pointe. Il est donc important de pouvoir faire des choses en commun avec ceux qui représentent le deuxième budget en la matière. Ce qui se fait depuis des années avec le traité de Saint-Malo montre que cela avance. Je pense que cet accord est important, comme le sont les propositions sur le triangle de Weimar, lesquelles doivent être réactivées.

J'en viens à l'Afghanistan, où je suis déjà allée douze ou quatorze fois. Il est vrai que ce n'est pas le seul lieu où trouver Al Qaida, dont la structure n'est d'ailleurs plus du tout la même qu'à l'origine. Cela dit, la jonction entre l'Afghanistan et les zones tribales du Pakistan reste tout de même une base : c'est là que se trouvent les lieux d'entraînement, les camps et les madrassas.

Nous n'avons pas pour vocation de rester pendant vingt ans en Afghanistan. Le véritable but, comme en Afrique, c'est, une fois que les problèmes sécuritaires seront réglés, que le gouvernement afghan soit à même de tenir son pays et d'empêcher qu'il ne redevienne la base arrière d'Al Qaida. Lorsqu'on se rend sur place, on comprend pourquoi c'est un lieu privilégié – une frontière dans des montagnes !

Vu d'ici, cela paraît très loin, mais l'Asie centrale est essentielle pour les relations internationales : à côté de l'Afghanistan, il y a le Pakistan, qui, petit détail, possède l'arme nucléaire, mais aussi la Chine et l'Inde. On comprend qu'il s'agit d'un lieu essentiel pour l'équilibre du monde, et qui doit être un pôle de stabilité. C'est pourquoi nous essayons depuis quelques années de créer le contexte nécessaire pour parvenir à la mise en place d'un gouvernement à même d'agir, au moins sur le plan sécuritaire et si possible économique, sans quoi la population ne le soutiendrait pas.

Pour ce qui est de la sécurité, nous formons depuis des années les forces afghanes. Les Américains et nous, principalement, formons les forces spéciales afghanes, les cadres de l'armée et les militaires. Cela va aujourd'hui plutôt mieux que ce que j'ai connu auparavant. Nous formons également – ce sont les Allemands qui ont commencé dans ce domaine – les forces de sécurité civile, les policiers et, depuis deux ou trois ans, une gendarmerie afghane.

Toutefois, dans le même temps, il faut s'occuper du développement du pays. Si nous voulons lutter contre la drogue, qui est une des sources de revenu des Talibans, nous devons aider ce pays à se développer, notamment sur le plan agricole. Ainsi que j'avais eu l'occasion de le remarquer à une époque, nous avons au début surtout financé de grandes infrastructures. Mais ce que me disaient les femmes, dans les villages – j'étais la seule à pouvoir leur parler –, c'est qu'elles étaient toujours obligées de faire cinq kilomètres matin et soir pour aller chercher de l'eau, et qu'elles n'avaient pas de dispensaire pour leurs filles ! Les choses ont désormais changé : nous nous recentrons sur des actions qui intéressent directement les populations, qui les aident dans leur vie quotidienne. En faisant cela, nous aidons le gouvernement.

De la même façon, il est important que la justice afghane fonctionne. Les chefs de villages nous ont souvent dit que lorsqu'ils attrapaient un voleur, faute de justice civile, ils étaient obligés d'aller trouver le représentant de la justice traditionnelle. Autrement dit, c'est le droit traditionnel, celui que soutiennent les Talibans, qui était appliqué…

C'est de tout cela que nous sommes en train de nous occuper. Nous n'avons pas vocation à rester très longtemps, nous n'avons jamais eu l'intention d'être une armée d'occupation, mais nous ne devons partir du pays qu'au fur et à mesure que l'État est capable de nous remplacer, ce qui arrivera progressivement.

Enfin, à propos de Florence Cassez, de nombreuses personnes, y compris des parlementaires, vont régulièrement la voir pour lui montrer, ainsi qu'aux autorités mexicaines, l'importance que nous attachons à sa situation et à sa personne. Dans le cadre de la procédure de cassation en cours, un certain nombre d'autorités de toutes natures, y compris religieuses, se sont exprimées en sa faveur. Nous devons rester très proches d'elle, mais aussi nous montrer très prudents dans nos déclarations. Le Mexique est un État de droit. Il a une justice, mais également une certaine susceptibilité, et rien dans notre comportement ne doit risquer de compromettre les chances de Florence Cassez d'être libérée.

J'ai répondu à Mme Aurillac pour ce qui est de la Côte d'Ivoire, et à M. Schneider aussi. Pour ce qui est de la Guinée, la situation est dépourvue de violence et l'élection d'Alpha Condé est reconnue, ce qui est très important. Dès lors, toute une série de choses vont pouvoir se faire. C'est le ministre chargé de la coopération, qui, à l'occasion de l'installation de M. Condé, va discuter avec lui de la remise en place d'un certain nombre de normes et du soutien que nous sommes prêts à apporter à ce pays qui a connu de longues années d'isolement. Un certain nombre de choses vont être proposées dans les domaines du droit et de la justice, mais aussi dans ceux de l'économie et de la culture, y compris en matière de francophonie.

Enfin, j'ai déjà répondu aux questions de M. Souchet sur les chrétiens d'Irak et de M. Clément sur la Côte d'Ivoire.

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