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Intervention de Jean-Pierre Brard

Réunion du 31 mai 2010 à 15h00
Projet de loi de finances rectificative pour 2010 — Motion de rejet préalable

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Pierre Brard :

…si je compare à Dürer ou à d'autres. « Le Vieux », madame Brunel, c'est affectueux et pas du tout péjoratif. J'entends par là le François Baroin avec sa coloration gaulliste. Mais voilà que le printemps venu, la sève monte, la carapace éclate, et c'est un nouveau François Baroin qui apparaît, coloré de sarkozysme (Rires) ; les traces restant encore du gaullisme traditionnel, qui fait honneur à notre pays, disparaissent.

Aussi, pour continuer votre édification, je vous propose de poursuivre notre petite lecture commentée de ce projet de loi de finances rectificatives. Toujours dans la partie consacrée au contexte ayant présidé à l'adoption de votre plan de stabilisation des profits bancaires, vous expliquez à la représentation nationale et à l'ensemble de la nation : « Les rendements exigés par les marchés ont placé certains États de la zone euro dans une position où le coût de refinancement de leur dette leur avait quasiment fermé l'accès au marché. Au cours de la semaine du 3 au 7 mai, le Portugal et l'Espagne ont été contraints d'émettre des obligations à des taux entre deux et quatre fois supérieurs à ceux de leurs émissions précédentes au mois de mars. »

Je n'insisterai pas davantage sur le fait que, selon vous, « les marchés exigent des rendements » et qu'ils « contraignent les États ». Je n'insisterai pas davantage sur ce que ces formulations révèlent de renoncements et de capitulations du pouvoir démocratiquement élu vis-à-vis du pouvoir des banques. Pour un marxiste, l'économique l'emporte, en dernière analyse, sur le politique, mais certainement pas la finance, qui ne doit rester qu'un levier au service du développement économique et non pas assujettir celui-ci à la logique autodestructrice du capital qui tourne sur lui-même et devient fou par l'abdication religieuse, intégriste du politique devant les exigences de la réalisation du taux de profit de la finance internationale.

Le 9 décembre 2002, Sa Majesté Impériale, Nicolas Sarkozy, avait pourtant déclaré : « Ça fait trop longtemps que, dans notre pays, on laisse faire les choses ». Fin de citation : après, il y aurait peut-être eu des fautes de français !

Voyons donc en détail ce que vous nous proposez de voter aujourd'hui. Avec vos homologues européens et les dirigeants du Fonds monétaire international, vous avez concocté un nouveau « plan d'aide » qui atteint la somme, à première vue faramineuse, de 750 milliards d'euros.

Ces 750 milliards d'euros de « garanties » que vous mettez sur la table seraient destinés à permettre aux États en situation de quasi-surendettement de retrouver la « confiance des marchés ». Parce que les nouveaux prêts que ces États solliciteront auprès des banques seront garantis par l'Union européenne, ils pourront être « consentis » à des taux d'intérêt plus abordables. Cela est censé rassurer les marchés quant à la capacité des États à rembourser leurs dettes. Cela est censé « ramener le calme » sur les places boursières. Alors certes, vous rassurez les spéculateurs, vous leur dites : « Continuez, nous paierons ! » Pourquoi arrêteraient-ils puisque vous déférez à leurs diktats ?

Votre approche est exactement celle des spéculateurs de la finance, monsieur le ministre. Comme eux, vous vous contentez de faire un pari : le pari est de dire que ces 750 milliards d'euros doivent suffire pour rassurer les banquiers. Ces 750 milliards ne devront de fait pas être totalement consommés par les États qui sollicitent ce mécanisme de garantie. Si l'ensemble de cette somme était en effet utilisé pour garantir les prêts des États, alors on se retrouverait à nouveau, peut-être le mois prochain, dans une situation où les marchés auront perdu « confiance ».

Vous faites donc un très mauvais pari. En vous alignant sur les méthodes de l'économie casino, vous préparez la prochaine crise, qui sera, nous le craignons, bien plus grave encore.

Vous ne faites que répondre aux exigences des marchés financiers en injectant toujours plus de liquidités dans les circuits du casino mondial. Vous encouragez les pratiques qui, depuis deux décennies, favorisent systématiquement la recherche du profit facile au détriment des investissements productifs, créateurs d'emplois et de richesses pour l'ensemble de la société.

À dire vrai, certains d'entre vous, à commencer par le président Sarkozy, n'agissent pas tant par aveuglement que par intérêt. Vous défendez avec zèle les intérêts des compagnons de table du Fouquet's tout en essayant de camoufler cet objectif.

Toutefois, il vous reste encore une marge de progression dans le camouflage de vos intentions réelles. Ainsi, ce projet de loi de finances rectificatives indique sans détour que « l'octroi de ces financements s'accompagnera de fortes conditionnalités » et que les États se sont engagés, en contrepartie, à « mettre en oeuvre des politiques économiques soutenables ». En revanche, lorsqu'il s'agit de préciser, au-delà de la langue de bois que vous maîtrisez à merveille, ce qu'il faut entendre par des expressions comme « fortes conditionnalités » ou « politiques économiques soutenables », vous préférez vous dédouaner de votre responsabilité en confiant l'exécution de votre projet à la Commission européenne et au Fonds monétaire international.

Plutôt que d'assumer vos choix et de dévoiler vos intentions, vous, monsieur le ministre, ainsi que l'ensemble des gouvernements européens, préférez confier la gestion de votre « plan de stabilisation » à des instances dont la contestation est, en pratique, d'autant plus difficile qu'il s'agit d'instances que le citoyen lambda a beaucoup plus de mal à situer sur l'échiquier politique, et qui sont par conséquent beaucoup moins contestées et sanctionnées électoralement.

C'est pourquoi, d'ailleurs, lorsque vous avez des choses à changer dans l'Union européenne, vous n'avez plus recours au référendum, vous piétinez la démocratie quand elle a parlé, et vous y substituez des décisions parlementaires, comme si le Parlement souverain avait une légitimité plus forte que le peuple tout entier.

Vos intentions sont pourtant claires. Vous cherchez à profiter de la crise pour promouvoir un modèle de société qui met les intérêts des grands groupes privés au centre de l'action politique. Vous voulez encore aggraver la répartition inégalitaire des fruits du travail au bénéfice de la rentabilité du capital. Je ne sais pas, monsieur Chartier, si la rentabilité du capital est une notion claire pour vous.

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