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Intervention de Arnaud Danjean a été fonctionnaire au ministère de la défense et

Réunion du 31 mars 2010 à 10h30
Commission de la défense nationale et des forces armées

Arnaud Danjean a été fonctionnaire au ministère de la défense et, président de la sous-commission sécurité et défense au Parlement européen :

Pour ce qui est du Parlement européen, il faut être modeste et réaliste. Je ne représente qu'une sous-commission – même si l'on peut espérer qu'elle devienne, à terme, une commission à part entière. Mais le Parlement européen a son mot à dire en matière de budget. En particulier, nous définissons le budget de la politique étrangère et de sécurité commune – PESC – en accord avec le Conseil. À mon sens, les débats les plus approfondis sont ceux que nous menons conjointement avec Alain Lamassoure, président de la commission du budget, et les représentants du Conseil sur les questions de budget et de financement des opérations PESC. À lui seul, cet outil justifie l'implication du Parlement européen.

En revanche, il me semblerait incongru – même si beaucoup de mes collègues au sein de la sous-commission plaident en ce sens – de débattre des opérations militaires en Afghanistan : cette question est du ressort des États membres. L'intervention de l'Union européenne en tant que telle se limite à la mission de police EUPOL Afghanistan, que nous supervisons et au sujet de laquelle nous avons des comptes à demander au Conseil.

Le Parlement européen n'a pas, selon moi, à se prononcer sur l'engagement français, italien ou allemand sur le théâtre d'opérations, mais il est le mieux à même d'assurer le suivi des quelque treize opérations, dont deux militaires, menées au titre de la PESD. À Bruxelles, nous sommes quotidiennement au contact des chefs de mission et des structures du Conseil assurant le pilotage. La CCPC – capacité civile de planification et de conduite –, la direction de la planification et de la gestion des crises, l'état-major européen, sont nos interlocuteurs naturels. Notre suivi de ces opérations est sans doute plus « actualisé » que celui des parlements nationaux, même si je considère que notre lien avec ceux-ci doit être beaucoup plus régulier s'agissant de la politique de sécurité et de défense commune.

La crainte que vous avez exprimée au sujet de la haute représentante, je l'ai partagée très fortement au moment de son installation. Mme Ashton n'était certainement pas la personne la plus expérimentée, notamment en matière de défense, mais je me garderai bien de lui intenter le procès personnel auquel certains se sont livrés. L'idée selon laquelle, par inappétence pour les questions de défense, elle s'en remet systématiquement à la position de Londres, s'est certes révélée assez fondée lors des premiers échanges de vues que nous avons eus avec elle en décembre puis lors de son audition. À propos du centre d'opérations européen, de l'agence européenne, qu'elle présidera alors que l'on sait que les Britanniques n'en veulent pas, elle a manifesté un scepticisme, pour ne pas dire une hostilité, qui montrait très clairement que ses « éléments de langage » venaient de Londres.

Cela dit, ces tendances se sont atténuées. Je ne partage pas votre impression concernant la composition de son cabinet, où des Français sont en bonne position – ainsi, c'est une diplomate française qui s'occupe de la PSDC et elle s'est adjoint les services d'un Français qui travaillait auparavant avec M. Javier Solana et qui a dix ans d'expérience dans ce domaine.

Mme Ashton a mentionné récemment, dans ses échanges avec le Parlement européen, une évolution de sa position au sujet du centre d'opérations permanent. Après avoir été sur le terrain et avoir rencontré des militaires, dont des Britanniques, elle semble envisager les choses de façon plus ouverte. Elle a également pris conscience que son absence à la réunion informelle des ministres de la défense à Majorque en février dernier avait été très préjudiciable et qu'elle devait s'impliquer beaucoup plus dans les questions de défense et de sécurité. Les schémas qu'elle commence à proposer concernant le service européen d'action extérieure montrent qu'elle a pris en compte certaines considérations chères au Parlement européen et aux États membres.

Bref, j'observe une évolution positive. Il faut se montrer indulgent : cela ne fait que trois mois et demi que Mme Ashton est à l'ouvrage et les sujets sont très lourds et sensibles. Du reste, avant de prendre ses fonctions, c'était une femme politique travailliste. Comme il y a de fortes probabilités que les conservateurs reviennent aux affaires à Londres dans quelques mois, la « ligne directe » sera peut-être moins facile qu'avec le gouvernement travailliste... Les dernières interventions sont de nature à nous rassurer.

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