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Intervention de Yvette Roudy

Réunion du 4 novembre 2009 à 16h00
Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national

Yvette Roudy :

Merci de m'avoir invitée à donner mon avis. La question du voile intégral, qui émeut beaucoup de monde, me rappelle « l'affaire du voile ». À cette époque, nous avons entendu, notamment au Parlement et au sein de la commission présidée par M. Bernard Stasi, les mêmes arguments que ceux que nous entendons aujourd'hui.

Ces arguments sont de trois ordres. Premièrement, il faudrait autoriser le voile intégral au nom de la religion. Deuxièmement, le port du voile relèverait de la liberté des femmes, qui peuvent choisir de se promener dans un scaphandre ambulant – on peut s'interroger sur le sens que ces jeunes femmes donnent au mot liberté. Troisièmement, il ne faudrait surtout pas, par une loi, stigmatiser toute une communauté.

Je remarque d'abord que le port du voile, intégral ou non, n'est pas inscrit dans le Coran. Selon moi, c'est une invention de la part d'une branche intégriste religieuse qui vise à propager son idéologie. Nous savons d'ailleurs que toutes les religions ont leurs intégristes : il y en a eu chez les catholiques et chez les protestants.

Nous disposons en France de l'excellente loi de 1905, dite de séparation des Églises et de l'État. Il en résulte que la loi de la République est au-dessus des lois religieuses. Ce sont des arguments simples, qu'il faut rappeler à ceux qui se laisseraient intimider, notamment par des accusations d'intolérance.

Je n'ai aucun état d'âme : il s'agit d'une propagande politique orchestrée par un courant politique particulier qui utilise la religion et s'attaque à nos principes. Elle profite de notre point faible : les droits des femmes. Il suffit de gratter un peu, de discuter pour en avoir la preuve : certains affirment que tout est réglé en ce domaine et, régulièrement, certains tentent de revenir sur des droits acquis par les femmes. Comme il s'agit de droits récents, il n'est pas étonnant qu'ils ne soient pas compris par tous ni suffisamment défendus. Les intégristes, qui sont très intelligents et cultivés, savent bien ce qu'ils font en agissant ainsi.

Derrière cette attaque, c'est notre République, notre État de droit, notre principe de laïcité qui se trouvent attaqués. Or le principe de laïcité est inscrit dans la Constitution. Il serait inconstitutionnel d'accepter de revenir dessus. Nous devons être fiers de ce principe de laïcité, qui est propre à la France. Il est d'ailleurs intraduisible dans d'autres langues et on a du mal à l'expliquer aux Anglo-Saxons. Mais nous nous sommes suffisamment battus pour l'affirmer et il est maintenant admis par l'Église catholique. Pour avoir été maire d'une ville de pèlerinage pendant douze ans, j'ai rencontré régulièrement des évêques, et cela se passait très bien. J'en veux aussi pour preuve un texte de Mgr Jean-Louis Tauran, conseiller du Pape, d'où il ressort qu'il accepte très bien la laïcité.

Nous n'avons donc pas de problèmes avec les hauts responsables de l'Église catholique romaine en France. Il faut expliquer que la loi sur la laïcité s'applique partout, quelles que soient les religions : les Églises sont séparées de l'État et la religion relève du domaine privé.

Je remarque, par ailleurs, que le port du voile ne concerne que les femmes. Les hommes ne demandent pas à être traités de manière différente ou spécifique. J'y vois donc la manifestation d'un traitement inégalitaire – qui s'oppose au principe constitutionnel d'égalité entre hommes et femmes.

Certaines femmes déclarent que porter le voile relève de leur liberté. Elles sont en général jeunes et d'allure très libre. Elles nous expliquent qu'il s'agit pour elles d'un choix, et elles sont probablement sincères. Mais nous savons que la manipulation est facile et que certains esclaves aiment leurs chaînes. Enfin, certains conditionnements, qui commencent très tôt, peuvent convaincre ceux qui n'auraient pas pratiqué ou éprouvé leur liberté. C'est donc une affaire de conditionnement, de soumission organisée et de domination.

Essayez de vous promener avec une burqa : cela ne facilite pas la vision et constitue une gêne quand il faut traverser la rue. Par ailleurs, personne ne sait qui se cache sous la burqa – ce qui pose au demeurant un problème de sécurité. L'identité de la femme est gommée, la femme est masquée, elle n'existe pas – et c'est bien le but. Les manipulateurs font preuve d'une habileté machiavélique.

Un des arguments avancés est qu'il ne faudrait pas stigmatiser une communauté. La communauté musulmane serait-elle si fragile ? J'ai discuté avec des musulmans, des imams, qui défendent la laïcité, qui ne sont pas favorables à la burqa et qui, à mon sens, voudraient que l'on vote une loi. Au reste, je leur ai demandé pourquoi ils ne pourraient pas régler eux-mêmes le problème au sein de la communauté : ils sont tout de même les premiers intéressés.

Ce phénomène du port de la burqa révèle un problème de vision du monde, dans laquelle le corps des femmes est jugé dangereux. Comme on me l'a dit, les femmes doivent se masquer car, sinon, les hommes vont se déchaîner, pris par des pulsions irrépressibles. Si elles s'exposent, cela signifie qu'elles sont disponibles. Le voile intégral permettrait donc de protéger les femmes contre de possibles agressions.

Attention à ce « cheval de Troie » que l'on veut faire pénétrer dans notre société. Les personnes qui sont derrière savent très bien ce qu'elles font. Après le port de tel costume pour sacrifier à la tradition, on nous demandera des horaires réservés dans les piscines – j'ai même entendu dire que certains maires les avaient acceptés – ou des programmes scolaires édulcorés, notamment en biologie, etc. Et pourquoi pas, peu à peu, des espaces séparés pour les hommes et les femmes dans les bus, dans le métro, dans les restaurants, les théâtres ou les cinémas ? On risque d'aboutir à un véritable apartheid. C'est un engrenage, et sachez que les femmes qui circuleraient librement s'exposeraient à des agressions.

Pour moi, c'est très clair : une loi s'impose. Nous nous adressons à une population qui souhaite vivre chez nous, parce que la vie y est meilleure. Elle sait très bien que, pour vivre en paix dans un pays comme la France, il faut avant toute chose respecter la loi. Je pense donc qu'elle comprendra si nous en faisons une. Après, bien sûr, il faudra veiller à son application. Mais vous connaissez tous la très belle phrase de Lacordaire : « Entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. »

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