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Intervention de éric Keller

Réunion du 12 avril 2011 à 16h45
Commission d'enquête sur la situation de l'industrie ferroviaire française: production de matériels roulants voyageurs et frets

éric Keller, secrétaire fédéral de la fédération FO de la métallurgie :

En lieu et place d'une déclaration générale, nous proposons de verser à votre travail, une contribution, à savoir l'état des lieux que FO métallurgie a réalisé sur notre secteur industriel et dans lequel nous rappelons notre soutien à celui-ci. Notre organisation a également publié, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007, un Livre blanc, pour défendre la métallurgie.

En effet, celle-ci est en danger. Au cours des deux dernières années, 150 000 emplois ont disparu dans la métallurgie, soit 10 % des effectifs. L'Observatoire du « fabriqué en France », mis en place en août dernier et qui couvre dix filières dites stratégiques, a montré que la part des produits fabriqués sur notre territoire et intégrés dans la filière ferroviaire avait diminué de 17 %. Un deuxième indicateur révèle que la filière ferroviaire, bien qu'active, est celle qui a perdu le plus de points en termes d'exportation.

Des décisions internationales doivent être prises pour réglementer les marchés et combattre la concurrence déloyale. Ainsi, les opérateurs chinois ont un avantage compétitif énorme puisqu'ils peuvent financer presque 100 % des projets et qu'il est presque impossible d'exporter en Chine. Aux États-Unis, il existe un quota minimum de fabrication locale, pouvant aller jusqu'à 100 % de la commande, si l'offre implique un financement public – les États-Unis sont passés du « achetez américain » à « achetez aux États-unis ». L'Allemagne est également protectionniste, puisqu'elle observe une politique de non-paiement d'avance et n'effectue aucun paiement durant les phases d'ingénierie et de fabrication.

Le ralentissement des commandes en Europe et leur accélération dans les pays émergents entraînent un glissement progressif des localisations de production dans les pays consommateurs. La localisation de la conception pourrait suivre, tant il est vrai que l'Europe, et particulièrement la France, se montrent frileuses lorsqu'il s'agit de défendre l'industrie. La production locale n'est pas imposée : la communauté d'agglomération du Grand Besançon, malgré un large financement public, n'a-t-elle pas choisi, il y a moins d'un an, un constructeur espagnol plutôt que français.

Par ailleurs, les volumes de commandes se réduisent et les entreprises perdent en visibilité sur leurs charges. Elles embauchent moins. Elles recourent à la sous-traitance et au travail intérimaire. Si la filière ferroviaire a été l'une des dernières à être touchée par la crise de 2008, elle est celle qui en supporte le plus les conséquences et qui a le plus durablement de difficultés à rebondir.

Les constructeurs investissent moins en France car ils jettent leur dévolu sur les pays émergents, des pays clients, au détriment de leurs bases industrielles traditionnelles. La pression sur les prix entraîne une pression sur les fournisseurs et sur les sous-traitants. Elle accélère les délocalisations vers les pays à bas coût. Ceux-ci demandent une part de fabrication locale, y compris pour les sous-traitants, avec une incitation claire de leurs donneurs d'ordres.

Les clients tendent à privilégier le « moins-disant », se tournant vers des produits éprouvés et bon marché, sans nouvelle conception. La standardisation freine l'innovation et limite les efforts de R&D. Après une perte continue des emplois ouvriers, les effectifs des ingénieurs et des cadres pourraient à leur tour être touchés. Les sous-traitants sont d'ailleurs déjà affectés.

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