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Intervention de David Appia

Réunion du 4 mai 2011 à 16h00
Mission d'information sur la compétitivité de l'économie française et le financement de la protection sociale

David Appia, président de l'Agence française pour les investissements internationaux :

Un de nos atouts, qui est fortement valorisé à l'étranger, est la productivité horaire de la main-d'oeuvre française, la troisième au monde selon le Bureau international du travail, derrière les États-Unis et la Norvège. C'est un élément important, sachant que la main-d'oeuvre française est de surcroît considérée comme très bien formée. Un jour, le représentant d'une grande entreprise américaine du secteur de l'informatique m'a confié qu'il ne fallait pas sous-estimer l'atout que représentait pour l'attractivité de notre pays l'excellence de notre école de mathématique et d'informatique. C'est certainement vrai dans de nombreux autres domaines, puisque nos ingénieurs sont très prisés à l'étranger.

Quant à la transmission d'entreprises, il s'agit d'un vrai sujet. Lorsque nous comptabilisons les investissements étrangers créateurs d'emploi en France, nous nous appuyons largement sur les agences régionales, afin d'approcher la réalité au plus près. Mais il est des domaines dans lesquels ce travail se heurte à des difficultés méthodologiques. Ainsi, nous ne sommes pas en mesure de recenser les prises de participation au capital d'entreprises françaises par des investisseurs étrangers. Nous sommes contraints d'avoir recours aux sources d'information spécialisées. De la même manière, nous ne sommes pas outillés pour dénombrer les rachats d'entreprises françaises bien portantes, quelle que soit la situation – problème au moment de la transmission, volonté des actionnaires de vendre.

Ce que nous comptabilisons en revanche, ce sont les rachats d'entreprises françaises en difficulté. Dans la plupart des cas, en effet, nous sommes alertés soit par l'entreprise elle-même, soit par les pouvoirs publics. Quand une entreprise se trouve en difficulté, et que le rachat par une entreprise française n'est pas envisageable, ces derniers se tournent souvent vers l'Agence française pour les investissements internationaux pour lui demander de rechercher un repreneur à l'étranger. Nous instruisons en permanence une quarantaine de dossiers de cette nature. Environ 15 nouveaux cas sont enregistrés chaque année, mais depuis le début de la crise, ce chiffre est en augmentation.

Il est assez difficile de convaincre un investisseur étranger de racheter une entreprise en dépôt de bilan, mais nous avons toutefois connu des succès. Le dernier est celui de l'entreprise McCormick située à Saint-Dizier et spécialisée dans les transmissions pour tracteurs. Le groupe italien dont elle était une filiale voulait s'en défaire, et ses emplois étaient menacés. Deux sociétés chinoises se sont déclarées intéressées, et le tribunal de commerce a finalement désigné l'entreprise chinoise Yto, qui va investir dans l'usine.

Il est vrai que les entreprises étrangères acquièrent en même temps les brevets, la matière grise, le capital et les outils en matière d'innovation. Mais nous ne devons pas oublier que 30 000 entreprises françaises se sont implantées à l'étranger, soit directement, soit en rachetant des entreprises sur place. En général, elles acquièrent des actifs qui en valent la peine, et parfois même des pépites technologiques. – ce dont elles ne se cachent pas, bien au contraire. C'est pourquoi il ne faut pas s'émouvoir du fait que certaines entreprises étrangères en font autant sur notre territoire.

Le plus important est qu'elles restent, c'est-à-dire que la valeur ajoutée se développe et qu'elles continuent d'investir et de faire travailler la main-d'oeuvre française – sans que cela exclue des stratégies d'internationalisation. De nombreuses entreprises étrangères installées en France sont fortement contributrices en matière d'exportations, ce qui se comprend bien : souvent, elles localisent une de leurs bases de production et de commercialisation en France pour gagner d'autres marchés européens.

Depuis deux ans et demi que j'exerce mes fonctions à l'agence, je n'ai pas observé de cas d'entreprise étrangère ayant racheté une entreprise française avant de transférer l'appareil industriel vers son pays d'origine, même si, dans plusieurs cas, le dirigeant de l'entreprise concernée m'a dit avoir songé à le faire. S'ils y ont finalement renoncé, c'est parce qu'ils ont vite constaté que, si les machines ou les brevets faisaient partie des actifs de l'entreprise, le savoir-faire, la qualité des ingénieurs, la connaissance de l'outil de production comptaient également beaucoup. Dans ces conditions, un transfert aurait représenté une perte. Ce témoignage ne signifie pas que des situations moins favorables ne puissent être observées, mais d'une manière générale, je n'ai pas le sentiment que le premier objectif de l'investissement étranger en France soit ce que certains appellent le pillage technologique, ni même le transfert ou la délocalisation d'actifs.

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