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Intervention de Jean-Claude Manuguerra

Réunion du 2 juin 2010 à 18h00
Commission d'enquête sur la manière dont a été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination contre la grippe a

Jean-Claude Manuguerra, président du Comité de lutte contre la grippe :

En ce qui concerne les déclarations d'intérêts, je suis tout à fait d'accord mais c'est une question à gérer par l'administration. Je suis incompétent pour le faire et ce n'est pas mon rôle. C'est une question administrative qui est certainement très importante, mais qui excède mes missions. Je suis toutefois d'accord, et vous pourrez éventuellement vous reporter sur ces questions aux réponses que j'ai faites à la commission d'enquête du Sénat.

S'agissant du caractère public des avis, j'en ai déjà parlé. Il y a certainement une partie du travail qu'il peut être difficile de rendre publique. Ce sont notamment les éléments retraçant l'état d'avancement des travaux des firmes pharmaceutiques, puisque nous disposons des informations confidentielles avant que les dossiers ne soient déposés et rendus publics par l'Agence européenne du médicament. Le comité ne saurait divulguer des informations relevant du secret industriel ou des avis extrêmement négatifs sur telle ou telle préparation. Il faut éviter que la transparence ne conduise à une non-présentation de résultats par les firmes.

En ce qui concerne la composition du comité, effectivement, je pense qu'il y a une place pour la discussion des avis médicaux et scientifiques de lutte contre la grippe par d'autres experts, d'autres instances. On peut imaginer par exemple que les avis soient revus par des des sociologues, des anthropologues. Mais je pense que cela doit se faire en dehors du comité. Il ne faut pas être trop nombreux et tout mélanger. On pourrait imaginer une réunion du comité avec la « société civile », comme on aime dire, des citoyens, et d'autres experts qui seraient là éventuellement pour discuter nos avis scientifiques et médicaux.

Monsieur Gérard Bapt, vous avez employé l'expression « copier-coller ». C'est un peu sévère, mais, bien sûr, nous étions sous pression lors de la réunion du 10 mai. Nous nous étions réunis déjà le week-end précédent et, à mon départ pour le Mexique, j'avais souhaité qu'une réunion soit organisée la semaine même de manière à ce que l'on puisse laisser trois jours de repos à notre comité, sachant que, par ailleurs, les membres étaient largement occupés, notamment en laboratoire comme moi. Effectivement, il y a eu une saisine le vendredi 8 mai, suivi d'une réunion le 10 mai pour en discuter. C'est un peu regrettable. Je pense que nous aurions pu attendre un peu, mais les pressions, extérieures au comité, étaient fortes… J'attire toutefois même votre attention sur le fait que dans le compte rendu de la réunion suivante, qui s'est tenue deux jours après, le 12 mai, le comité rappelle qu'au total, parce qu'il était assez inconfortable d'avoir discuté de cela d'une manière aussi rapide, il est proposé d'attendre le retour interministériel de la note du ministère de la santé pour effectuer une nouvelle reformulation des recommandations émises le 10 mai par le comité en fonction des informations disponibles. Mais nous n'avons jamais eu à procéder à cette reformulation sur la stratégie vaccinale et l'acquisition de doses. Je vous propose donc de vous reporter au compte rendu de la réunion du 12 mai. Vous y verrez qu'effectivement nous revenons sur le premier avis temporaire et pris sous pression. J'ai ainsi appris que nous devons probablement résister aux demandes de réponse dans des temps déraisonnables. Nous avons été mis dans une situation extrêmement inconfortable. La leçon doit être méditée.

Vous avez fait allusion, Monsieur Gérard Bapt, aux stocks proposés dans le rapport de décembre 2008 destinés à faire face à la grippe aviaire H5N1. Je vous signale que, aujourd'hui, on critique beaucoup, mais que pendant très longtemps, la France a été présentée dans des journaux prestigieux comme The Lancet comme l'un des pays les mieux préparés au monde, celui qui faisait le plus d'efforts dans la préparation et la lutte contre la grippe, et une grippe ayant un taux de létalité de 60 %, taux proche du taux de létalité lié au virus d'Ébola, un Ébola qui peut débarquer sur notre territoire et ravager la population. Il faut se souvenir du traumatisme historique qu'a été la grippe espagnole, et notre comité a peut-être été trop sensible à cela.

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