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Intervention de Roland Muzeau

Réunion du 21 novembre 2011 à 21h30
Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2012 — Article 25, amendement 14

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaRoland Muzeau :

D'une formule cinglante, vous m'aviez dit, madame la ministre : « Arrêtez de prendre des rumeurs pour la réalité. »

Quel jeu de dupes ! Vous saviez déjà ce que n'a fait que confirmer François Fillon le 7 novembre dernier en détaillant son second plan de rigueur : la progression initiale de l'ONDAM, déjà insuffisante – 2,8 % –, allait être ramenée à 2,5 % ; pour les années à venir et jusqu'en 2015, ce taux resterait à 2,5 %. Concrètement, cela signifie qu'aux 2,2 milliards d'économies projetées, vous ajoutez 500 millions. Dès 2012, ce sont donc bien 2,7 milliards de réductions de dépenses d'assurance maladie qui devront être faites, notamment sur l'hôpital.

Votre politique en la matière asphyxie les hôpitaux. Elle mine leur budget et conduit au déficit que nombre de structures connaissent aujourd'hui. Sur l'ensemble des vingt-cinq CHU, seuls deux vont terminer l'exercice 2011 avec un excédent. Le déficit global de l'ensemble de ces centres hospitaliers universitaires s'élèverait à 700 millions d'euros.

Dans ma circonscription, c'est le cas du service de la maternité Louis-Mourier : les personnels, en grève depuis le 14 novembre, ont déclenché une procédure d'alerte, dénonçant un danger grave et imminent. Tous sont épuisés, à bout de solutions pour tenter de faire leur travail, en l'occurrence faire tourner une maternité désormais classée de type trois, c'est-à-dire avec des pathologies plus lourdes. En quatre ans, elle est passée de 2 100 accouchements à plus de 2 800, et ce à effectifs quasiment constants. Le service des urgences pédiatriques est lui aussi en passe de faire grève. Les témoignages des personnels de la maternité sont éloquents. Je vous en livre quelques-uns.

« Je suis infirmière depuis vingt ans et je suis frustrée et écoeurée. J'ai le sentiment de ne pas bien faire mon travail parce qu'on ne me laisse pas le temps de le faire. Je reconnais facilement que j'ai failli plusieurs fois me tromper avec des patients. Quand vous êtes dans un bureau et que vous faites une erreur, vous pouvez éventuellement réparer votre erreur. Nous, ici, nous n'avons pas le droit à l'erreur. Cela peut avoir des conséquences graves pour nos patients. En tant qu'infirmière, je dois m'occuper des patients, répondre aux médecins, aux familles, brancarder les patients, puisque nous n'avons plus de brancardiers, et faire le ménage également parfois. Nous avons une maternité qui est superbe, mais sans les moyens de la faire fonctionner. J'ai déjà travaillé dans un établissement privé où on nous demandait d'être rentables. Eh bien là, à l'hôpital public, ce qu'on nous demande, c'est pire ».

Malgré les qualités et les compétences professionnelles du personnel de cette maternité, cette situation fait peser un risque de plus en plus lourd sur les patientes. Il manque actuellement – écoutez bien, madame la ministre – six sages-femmes, cinq infirmières, quinze aides-soignantes-auxiliaires de puériculture, deux brancardiers et deux secrétaires médicales, soit trente personnes.

La réalité, mes chers collègues, ce sont des plannings ajustés au jour le jour, des repos et des vacances que l'on accepte de reporter, sans parler des RTT non prises et du quota d'heures supplémentaires épuisé. Ces arrangements ne peuvent tenir lieu d'organisation pérenne, j'espère que vous en conviendrez.

Il vous faut entendre cette exigence de moyens pour le service public hospitalier, et prendre en compte la parole des soignants et des usagers.

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