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Intervention de Pierre Gosnat

Réunion du 9 février 2011 à 10h15
Commission des affaires économiques

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPierre Gosnat :

S'inscrivant dans le cadre défini par une directive européenne, cette proposition de loi tend à faire apparaître sur les étiquettes la valeur énergétique d'un produit alimentaire et la quantité de protéines, de glucides et de lipides, voire d'acides gras ou saturés, de fibres et de sodium qu'il comporte.

Dans l'exposé des motifs, nos collègues socialistes expliquent qu'ils souhaitent lutter ainsi contre l'obésité et il est vrai que ce phénomène prend dans notre pays une ampleur inquiétante. En effet, selon l'INSEE, notre pays compterait huit millions d'obèses – dont deux millions d'enfants – et 32,4 % d'adultes seraient en surpoids ; parmi les enfants, 62 % surconsommeraient du sucre et 60 % des graisses. Nous sommes donc confrontés à un véritable problème de santé publique car, au-delà des désagréments physiques et psychologiques, cette situation entraîne maladies vasculaires, diabète, hypercholestérolémie ou hypertension.

Face à de tels fléaux, cette proposition de loi va donc dans le bon sens même si, selon nous, elle ne s'attaque pas vraiment aux racines du mal. Elle s'inscrit en effet dans une logique de communication et d'information, prolongeant notamment les différentes campagnes de publicité de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, sur le thème « Mangez cinq fruits et légumes par jour » ou « Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé ». Or, si le bien-fondé de ces campagnes est incontestable, leurs effets demeurent marginaux, un consommateur informé ne privilégiant pas forcément une nourriture équilibrée – l'étiquetage nutritionnel très voyant des hamburgers de McDonald, par exemple, est loin de constituer un frein à leur consommation. En outre, quelle efficacité aura cet étiquetage aussi longtemps que la publicité alimentaire en direction des enfants ne sera pas plus strictement encadrée ?

L'information nutritionnelle est un peu l'arbre qui cache la forêt, les principales causes de l'obésité étant avant tout, outre la sédentarité, la « malbouffe ». Avant même de regarder les apports nutritionnels d'un aliment, un consommateur s'intéresse à son prix ! Le pouvoir d'achat a donc une influence considérable sur l'alimentation. Selon une étude de l'Institut de veille sanitaire publiée le 26 mai 2009, les enfants issus de milieux défavorisés consomment moins de fruits et de légumes que les autres. Le niveau socioculturel et le pouvoir d'achat des parents jouent ainsi beaucoup dans les phénomènes d'obésité infantile. Dans une étude récente, l'INSEE confirme que ceux-ci sont dramatiquement plus développés dans les classes populaires. Olivier Andrault, d'UFC-Que choisir, synthétise bien la situation : « C'est le phénomène du paradoxe alimentaire : plus on est pauvre, plus on est gros. » Il note, de surcroît, que les familles dont le pouvoir d'achat est faible s'orientent plus facilement vers des produits au lourd potentiel énergétique par peur du manque de ressources.

La lutte contre l'obésité implique donc de prendre des mesures drastiques : outre une action sur le pouvoir d'achat, il conviendrait d'imposer des normes de production plus strictes aux industriels du secteur alimentaire.

Ces réserves posées, l'intérêt de la proposition de loi n'est pas contestable et, de ce fait, le groupe GDR la votera.

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