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Intervention de Gérard Mestrallet

Réunion du 19 janvier 2011 à 10h00
Commission des affaires économiques

Gérard Mestrallet, président-directeur général de GDF-Suez :

Les questions sont en effet riches et nombreuses.

Il existe bien une renaissance du nucléaire dans le monde, monsieur Lenoir. C'est la suite logique de la hausse du prix des énergies fossiles sur les cinq ou dix dernières années, des considérations de lutte contre le réchauffement climatique – le nucléaire n'émet pas ou peu de gaz à effet de serre – ainsi que de considérations relatives à l'indépendance énergétique.

Cela dit, le nucléaire représente aujourd'hui moins de 15 % de la production mondiale d'électricité, et ce pourcentage baisse puisque, dans beaucoup de pays, l'augmentation de capacité s'effectue via la croissance d'autres moyens de production : le renouvelable en Europe, les turbines à gaz dans de nombreux pays et, enfin, le charbon, qui restera la principale source de production d'électricité dans le monde. Les Chinois construisent une grande centrale à charbon toutes les semaines. La proportion d'électricité issue du charbon, qui est de 50 %, baissera relativement peu dans les quinze ou vingt prochaines années.

Il y a donc une place pour le nucléaire, mais celui-ci ne remplacera pas toutes les autres sources de production. La France doit valoriser au mieux ses compétences dans ce domaine et s'organiser à cet effet, mais il ne faut pas forcément mettre tous ses oeufs dans le même panier ! Du reste, EDF n'est pas un groupe exclusivement nucléaire : il est présent dans l'hydraulique, avec la construction d'un grand barrage au Laos, par exemple, il exploite des centrales thermiques, et sa filiale EDF Énergies nouvelles construit, principalement hors de France, des installations d'énergie renouvelable.

Il n'est pas inutile pour la France d'avoir un deuxième acteur dont l'activité soit plus centrée sur la production d'électricité non nucléaire, sur le gaz et sur les services, tout en étant présent dans le nucléaire. Soit dit en passant, la part de ce dernier dans le bouquet énergétique de notre groupe correspond à la part du nucléaire dans le parc électrique mondial, à savoir 15 %.

Sans doute la loi NOME et le prix de l'ARENH ne sont-ils pas à l'ordre du jour de cette audition, mais ils sont dans l'actualité. Je me permettrai donc de présenter de nouveau notre position.

Le gouvernement français a fait le choix de ne pas toucher aux capacités de production électrique d'EDF. Nous n'avons jamais critiqué ce choix. Dans tous les autres pays d'Europe, les anciens monopoles ont dû céder des pans entiers de leur capacité. Nulle part ailleurs qu'en France l'ancien monopole ne détient plus de 60 % des capacités. En Belgique, notre groupe a été contraint de céder des parts de marché en passant de 95 à 60 % de la production au profit d'EDF et d'EON.

Néanmoins, aux termes de l'accord passé entre M. Fillon et la Commission de Bruxelles, le respect des directives exige qu'EDF permette aux concurrents d'avoir accès, sinon aux capacités, du moins au produit, à savoir l'électricité d'origine nucléaire. D'où le concept de la loi NOME, qui prévoit la cession d'une partie de l'électricité au coût de revient historique.

Pour avoir des participations dans des centrales françaises et pour posséder les mêmes centrales en Belgique, nous connaissons ce coût. Par ailleurs, le régulateur avait évalué à 30 ou 31 euros le prix de revient du mégawattheure nucléaire en France. Nous estimons également que le prix de revient se situe autour de 31 euros pour le parc français, compte tenu du taux de disponibilité des centrales en France – nos centrales tournent en effet un peu plus de 10 % de plus par an que celles d'EDF.

Sur cette base, il nous semblerait équitable que l'on fixe le prix de l'ARENH à 35 euros, soit le prix qu'EDF facture aux particuliers au « tarif bleu ». Il n'y aurait aucun pillage puisque EDF ne ferait pas de pertes, mais au contraire une marge. Nous aurions pu plaider en faveur d'un prix à 31 euros, mais nous souhaitons rendre les choses acceptables. Les dirigeants de Poweo et de Direct Energy ont du reste indiqué qu'ils étaient également partisans des 35 euros.

Cette solution n'entraînerait aucune hausse, monsieur Paul.

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