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Intervention de Paul Giacobbi

Réunion du 13 octobre 2010 à 17h00
Commission d'enquête sur les mécanismes de spéculation affectant le fonctionnement des économies

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPaul Giacobbi :

M. Lorenzi a rappelé tout à l'heure qu'entre 2000 et 2007, la masse monétaire a globalement augmenté de 15 % par an, tandis que la croissance du PIB était de l'ordre de 4 %. N'était-ce pas le signe que quelque chose n'allait pas ? Andrew Smithers parle des inept central bankers, en faisant remarquer qu'il aurait peut-être été intelligent d'avoir à l'époque une régulation globale. Quels que soient les efforts en matière de régulation fine, c'est-à-dire de contrôle des instruments, il reste que, lorsqu'une grande masse d'argent ne va ni à la consommation des ménages ni à l'investissement productif, elle est nécessairement employée à la spéculation. On aura beau inventer tous les systèmes possibles pour interdire l'entrée des casinos, les gens joueront sur le trottoir ! Cette approche quantitative me semble fondamentale.

Nous avons discuté l'autre jour avec M. Touati à propos du ratio de Bâle, anciennement ratio Cooke, qui a eu un effet direct en termes de création d'instruments hors bilan. Au titre du ratio Cooke, il faut avoir, pour cent de créance, sept ou huit de capital propre. Or, une fois que les banques avaient approuvé un produit, on plaçait les cent de créance dans un instrument financier, on faisait appel à des mathématiciens pour calculer le risque grâce à un algorithme que personne ne comprenait, une agence de notation l'évaluait et, une fois l'opération accomplie, on la recommençait en joignant quatre instruments financiers pour en faire un cinquième, un special investment vehicle. De quelle traçabilité dispose-t-on, au terme de cette titrisation en cascade ? J'ai peine à croire qu'une approche régulatrice permettrait un contrôle sérieux, surtout si l'on songe que 10 000 opérations sont réalisées chaque jour.

Je partage votre sentiment sur la responsabilité des banquiers. Mais rappelons-nous ce qui s'est passé quand le Trésor américain, en la personne de M. Paulson, a appelé les grandes banques pour signaler le problème rencontré par AIG. Un mèl a été adressé aux gens de la place pour signaler qu'il manquait quelque 600 milliards de dollars et les priant de se réunir le jour même à 14 heures. Tous ont répondu par l'affirmative, en signalant que le message contenait une faute de frappe : il ne pouvait s'agir, dans leur esprit, que d'un montant de 60 ou de 6 milliards ! Personne n'avait conscience de l'ampleur du désastre.

M. Lorenzi vient de nous rappeler ce qu'il en était des créances irrécouvrables. Sur mon blog, j'ai ironisé à leur sujet, en disant que les montants annoncés étaient très inférieurs à la réalité – on parlait de 80, de 100 ou de 300 milliards de dollars. On avance aujourd'hui le chiffre de 4 000. Nous en serons peut-être demain à 12 000. Personne ne peut connaît précisément l'ampleur des créances irrécouvrables. Que peut-on contrôler en matière de haute fréquence ? Rappelez-vous le krach éclair du 6 mai : Wall Street a chuté de 18 à 20 % parce qu'un algorithme a passé par erreur en vingt minutes des ordres de vente pour plus de 4 milliards. Il a fallu des mois pour comprendre ce qui s'était passé.

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