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Intervention de Bruno Hot

Réunion du 29 septembre 2010 à 9h00
Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire

Bruno Hot, président du syndicat national des producteurs d'alcool agricole :

Pour ce qui est de l'impact des biocarburants sur les prix des matières premières, il suffit d'observer les cours : elles sont montées très très haut en 2007-2008 et tombées très très bas ensuite, alors que les biocarburants ont progressé régulièrement. La Banque mondiale vient d'ailleurs de confirmer que l'impact des biocarburants était marginal dans le pic de la crise alimentaire de 2008. Lors de mes précédentes fonctions de directeur de l'office national interprofessionnel des céréales, on a craint que le maïs américain ne se détourne de ses usages normaux alimentaires au profit du marché des biocarburants, qui était en forte hausse et a donc été violemment critiqué. Mais les États-Unis n'ont jamais autant exporté de maïs que cette année-là ! L'explication, que ne veulent d'ailleurs pas entendre les ONG, est qu'ils ont diminué la surface utilisée pour le coton, ce qui a en outre permis le développement du coton en Afrique. Bref, tout est lié, ce qui interdit toute vision trop simpliste. En tout état de cause, il est clair que les évolutions des matières premières sont dues à des fluctuations sur les fondamentaux des marchés, auxquelles peut s'ajouter parfois un peu de spéculation, mais pas aux biocarburants.

Pour ce qui est de la consommation énergétique du process, je confirme que les industriels investissent énormément sur des énergies autres que fossiles pour la distillation. Le dispositif a déjà été largement amélioré et l'on s'oriente maintenant vers l'utilisation de fours à biomasse dans la plupart des sites.

Sur l'appauvrissement en oxygène, je n'ai pas de réponse non plus à apporter.

Quant aux composés volatiles, une étude de l'Institut français du pétrole d'il y a trois ou quatre ans montre que l'éthanol réduit de 50 à 60 % les rejets d'oxydes azotés et de monoxyde de carbone, qui sont des gaz à effet de serre importants, par rapport à l'essence. Ce gain s'ajoute à la réduction d'émanations de CO2.

Le biocarburant peut-il participer à la régulation du marché ? Il n'est pas possible de développer une industrie dans cette optique. On peut chercher à contribuer à l'amélioration du revenu des agriculteurs ou à privilégier la contractualisation, mais on ne peut pas produire du biocarburant seulement les années où l'on a des excédents. Il s'agit d'un marché industriel, qui a besoin d'une stabilité d'approvisionnement. Mais le biocarburant participe de façon globale à la régulation du marché.

Les industries sucrières de la Réunion se sont regroupées et ont amélioré leurs performances. Elles utilisent énormément la bagasse, qui est le résidu de la transformation de la canne en sucre et qui fournit 25 à 30 % des besoins énergétiques de la Réunion. La filière canne produit donc déjà un effort considérable dans le secteur de l'énergie. Mais est-il possible de reconvertir tout une partie de la canne en direction de l'E85 ? Cela nécessiterait des équipements industriels, des pompes, des voitures flex-fuel que les constructeurs ne trouveront sans doute pas rentable de construire pour la seule Réunion. Cela ne peut s'envisager que dans le cadre d'un développement plus global de l'E85.

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