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Intervention de Patrick Roy

Réunion du 17 décembre 2009 à 9h00
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPatrick Roy, secrétaire général adjoint des Nations unies :

Comme tous mes prédécesseurs, je rêve d'une force permanente qui serait à notre disposition et que nous pourrions déployer rapidement. Malheureusement, malgré les demandes formulées de façon répétée à l'Assemblée générale des Nations unies, nous n'avons jamais pu obtenir de telles forces.

Certains progrès ont néanmoins été accomplis. Ainsi, nous avons obtenu la création d'une petite capacité de police prête à intervenir – ou « standby police capacity », située à Brindisi. Ses effectifs sont encore très modestes– 25 policiers, dont le nombre sera sans doute porté à 50 . Nous avons l'intention de demander à l'Assemblée générale la création d'une force comparable dans le domaine judiciaire, afin que des spécialistes de l'État de droit puissent être déployés rapidement.

Nous signons régulièrement avec différents États des « stand-by agreements », accords par lesquels ils se déclarent prêts à mettre à notre disposition un certain nombre de militaires..Mais l'application de ces accords n'a rien d'automatique et chaque pays se réserve le droit de choisir le lieu et le moment de les mettre en oeuvre. Nous suivons par ailleurs de près l'évolution du concept de « corps de bataille » au sein de l'Union européenne, qui pourrait un jour constituer un renfort bien utile à certaines de nos opérations.

Nous nous efforçons enfin de faire progresser la réflexion sur le concept de forces « au-delà de l'horizon » : dans le cadre d'un accord signé avec un pays ou une organisation régionale, les Nations unies pourraient, en cas de besoin, faire appel à des forces restant jusque-là dans ce pays. Peu de pays acceptent toutefois de s'engager en ce sens, car le maintien en capacité opérationnelle d'une telle force a un coût et l'Assemblée générale ne nous permet pas encore de financer des troupes qui ne seraient pas stationnées sur le terrain d'opération.

La question des Grands Lacs est très compliquée. Je rappelle que la République démocratique du Congo a eu plus de 4 millions de morts liés au conflit – directement ou du fait de malnutrition, déplacement ou maladie – ce qui est le chiffre le plus important depuis la Deuxième Guerre mondiale. Les pays occidentaux ne doivent donc pas se détourner de cette question, qui concerne le troisième pays d'Afrique par sa superficie. L'un des problèmes de la région des Grands Lacs est l'écart extrême entre la RDC, pays gigantesque et regorgeant de ressources minières, où l'État est traditionnellement faible, et le Rwanda, pays très petit, présentant une densité de population parmi les plus fortes du monde, fortement administré et très peu pourvu de richesses naturelles.

Un des éléments de la solution pourrait être, comme le proposait voilà quelques mois le Président Sarkozy, la conclusion d'accords économiques entre ces deux pays pour permettre au Rwanda d'investir de façon transparente dans les richesses minières et agricoles des Kivus en assurant ainsi des revenus légitimes à la RDC, solution qui serait ainsi bénéficiaire tant pour les Congolais et que pour les Rwandais. Nous comptons pour ce faire sur l'amélioration des relations bilatérales entre les deux pays – et, de fait, depuis un an, les relations entre le président Kabila et le président Kagamé se sont considérablement améliorées. La Conférence sur la région des Grands Lacs, par exemple, pourrait être, à l'avenir, le cadre de ces discussions économiques.

Dans l'immédiat, la RDC doit s'efforcer de renforcer son armée pour en faire une armée professionnelle digne de ce nom et d'une taille adaptée aux capacités financières du pays. Cette armée doit permettre à la RDC d'assurer son autorité sur l'ensemble de son territoire.

En Côte d'Ivoire, la situation dans le Nord du pays est en voie d'amélioration. Le pouvoir est progressivement transféré des « comzones », représentants militaires des forces nouvelles, à des préfets nommés depuis quelques mois par le pouvoir central.

Pour ce qui est du désarmement, il est clair que les armes sont encore trop nombreuses dans le pays et que la période des élections sera sensible. Nous avons prévu de renforcer notre opération en Côte d'Ivoire durant cette période, en recourant à des bataillons actuellement en poste dans le cadre de notre opération au Libéria.

Tant le président Gbagbo que M. Ouattara et M. Bédié considèrent que les élections pourront se tenir, comme prévu, au mois de mars. L'élaboration de la liste électorale a considérablement progressé et, malgré les contestations dont fait encore l'objet la liste temporaire, la liste définitive devrait pouvoir faire l'objet d'un accord.

Le peu de participation militaire des pays les plus développés dans nos opérations est une réalité, réalité toutefois atténuée par le fait que ce sont eux qui supportent la plus grande part des coûts de ces opérations. Il est du rôle du département des opérations de maintien de la paix de réduire l'écart entre les pays qui décident au sein du Conseil de sécurité et ceux qui sont sur le terrain – souvent des pays en voie de développement. Nous avons besoin que les pays développés reviennent plus nombreux dans les forces de maintien de la paix. Ces pays disposent en effet des équipements les plus sophistiqués et, lorsqu'ils sont présents en nombre, comme c'est le cas au Liban depuis 2006 avec notamment la France, l'Italie et l'Espagne, ils constituent une force particulièrement crédible. C'est en effet cette force qui a permis le retour de l'armée libanaise au sud de la rivière Litani et évité de nombreux morts sur la « ligne bleue » entre Israël et le Liban. C'est elle aussi qui intervient très rapidement lorsque se produisent des incidents, comme les lancements de missiles, pour éviter toute escalade.

Pour atteindre cet objectif, nous avons significativement renforcé notre chaîne de commandement, répondant ainsi aux critiques de nombreux pays développés.

Madame Aurillac, la protection des civils est pour nous une mission majeure, mais aucune armée n'y a été formée. C'est donc une question très complexe et nous allons produire début janvier une note conceptuelle sur cette question, afin de poursuivre la réflexion avec les États membres sur les façons d'améliorer notre dispositif.

Quant à la réforme qui a donné lieu à la création du département d'appui aux missions à côté du DOMP, réforme voulue par M. Ban Ki-moon dès son arrivée, je n'y vois, pour ma part, que des aspects positifs. Les deux départements sont en lien constant, comme j'ai des échanges constants et excellents avec Mme Malcorra, la responsable du DAM. Nos équipes, qui travaillaient ensemble depuis des années, se connaissent parfaitement. Mme Malcorra doit rendre compte par mon intermédiaire pour tout ce qui concerne les opérations de maintien de la paix, et elle est également chargée d'apporter le soutien du DAM aux opérations politiques dites spéciales, comme en Irak. Le fait que tous les aspects liés aux budgets et à la logistique puissent être pris en charge par un département spécialisé me permet de mieux me concentrer sur la tâche déjà bien assez lourde que représentent les aspects politiques des 17 opérations qui relèvent de mon département. De son côté, Mme Malcorra peut se focaliser sur les aspects qui relèvent de sa compétence. Si je n'étais pas convaincu du bien-fondé de cette organisation lorsque j'ai pris mes fonctions voilà un an et demi, je n'y vois aujourd'hui que des avantages.

Madame Fort, lors de la première rencontre entre M. Ban Ki-moon et M. Obama, peu de temps après son élection, celui-ci s'est d'emblée déclaré favorable à un renforcement de l'ONU et de ses opérations de maintien de la paix, qu'il juge particulièrement utiles pour la stabilité du monde. Les propos tenus tout récemment à Oslo par le président Obama, lors de la remise du prix Nobel, vont dans le même sens. Ces déclarations ont été suivies d'effets et le Congrès a voté le paiement des arriérés de contribution des États-Unis, malgré un contexte de déficit budgétaire que vous connaissez. Lors de la réunion qu'il a eue avec les principaux contributeurs de troupes, au mois de septembre, le président Obama a déclaré que, s'il ne pouvait pas actuellement envoyer de troupes supplémentaires du fait des engagements américains en Afghanistan, son pays était prêt à envoyer des officiers et des policiers, et à fournir des équipements et de l'assistance, comme du transport aérien, à certains pays désireux de participer.

En Afghanistan, OTAN et ONU coopèrent dans un très bon esprit, chaque organisation ayant des responsabilités bien distinctes, principalement militaire et de sécurité pour l'une, civile et politique pour l'autre. Pour ce qui concerne le rôle des femmes dans la société, nous avons un rôle de veille et devons nous assurer que l'Afghanistan, qui reçoit une aide internationale importante, respecte certaines valeurs démocratiques. Vous aurez noté les engagements pris par le président Karzaï lors de son discours d'inauguration au mois de décembre.

Monsieur Bouvard, M. Kofi Annan, que je connais depuis le conflit du Kosovo et dont je suis très honoré d'occuper l'ancien bureau de directeur des opérations de maintien de la paix, est toujours très actif. Il dirige sa propre fondation et, comme vous le savez, a joué un rôle très important dans la question du Kenya, qu'il continue de suivre de près sur mandat du groupe des « Sages » – qui réunit notamment le président Carter et l'archevêque Desmond Tutu. Bien qu'il ne soit pas juridiquement investi d'un mandat d'envoyé spécial de l'ONU, nous continuons de le soutenir, au moyen notamment de notre département des affaires politiques.

Les « caveats », ou réserves posées par certains pays à l'utilisation de leurs troupes, sont parfois importants dans les mémorandums d'accord que nous signons avec eux, et nous cherchons à les réduire au maximum, car les opérations que nous devons mener exigent une flexibilité croissante.

Pour ce qui concerne, enfin, la Guinée, l'ONU a envoyé une commission d'enquête sur les incidents meurtriers intervenus récemment. À ma connaissance, le Conseil de sécurité, de qui relève la décision, n'envisage pas l'envoi d'une opération de maintien de la paix. La situation peut évidemment évoluer, mais, à titre personnel, il me semble qu'une telle intervention pourrait être plus judicieusement envisagée par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). M. Chambas, président de la Commission de la CEDEAO, a assuré la création dans la région d'une « stand-by force » africaine, qui compte 6 500 hommes, et pourrait intervenir, si nécessaire, bien plus rapidement qu'une opération de maintien de la paix onusienne.

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