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Intervention de Anne Lauvergeon

Réunion du 9 décembre 2009 à 11h45
Commission des affaires étrangères

Anne Lauvergeon :

Le projet Atalante, monsieur Julia, avance bien. Concernant les 4 % de déchets nucléaires ultimes – qui représentent un volume très faible puisque l'on met très peu d'uranium dans une centrale nucléaire –, nous aurons une visibilité bien meilleure dans cinq ans environ quant à l'industrialisation possible de ce qui marche en laboratoire.

Par définition, nous n'exportons pas de déchets français en Russie puisque la loi nous interdit d'exporter des déchets nucléaires. La polémique qui est née porte sur des matières valorisables envoyées par EDF en Russie pour enrichissement, car la France ne dispose pas d'usine pour les recycler. Pour notre part, nous avons un projet d'usine dans le Tricastin pour traiter cet uranium de recyclage. Nous avons un projet d'usine au Tricastin qui intéresse déjà nos clients japonais et pour lequel, nous attendons la réponse d'EDF. Une fois encore nous favorisons l'emploi et la gestion en France.

Pour ce qui est de l'EPR de Finlande, je serais ravie, monsieur Loncle, de vous y emmener afin que puissiez constater que les choses ont énormément avancé depuis la dernière législature !

S'agissant du Niger, l'ouverture du gisement d'uranium d'Imouraren que nous exploitons dans le nord a correspondu à la signature de la paix entre le gouvernement et la rébellion touarègue. Nous suivons cependant avec une très grande attention la situation, en liaison avec les autorités concernées, car le problème est en effet aussi de nature transfrontalière. Tout un système de sécurité a ainsi été mis en place pour nos salariés tant expatriés que nigériens – lesquels représentent 99 % des personnels.

Nous n'avons pas été engagés dans les discussions avec la Libye concernant les infirmières bulgares. Un accord de coopération nucléaire a été signé d'État à État comme il en existe de nombreux autres, mais AREVA n'a jamais eu d'engagement concernant le nucléaire avec la Libye, et il n'y a pas eu d'évolution sur ce point.

L'augmentation de capital, monsieur Roubaud, n'aurait pas été exactement identique selon que la vente de T&D aurait eu lieu ou pas. Le choix en l'occurrence a dépendu de l'actionnaire majoritaire.

Les discussions préalables au contrat avec la Chine pour la fourniture de deux EPR ont été nombreuses. Contrairement à Westinghouse qui avait accepté de céder sa technologie pour laisser la Chine construire seule les réacteurs, nous souhaitions nous implanter durablement dans ce pays – conformément à notre volonté d'ancrage profond et durable – et, en particulier, construire avec les Chinois les futurs EPR. C'est ainsi que nous allons prochainement annoncer la création d'une coentreprise qui sera détenue à 45 % par AREVA et à 55 % par CGNPC, l'électricien chinois qui sera chargé de l'ingénierie des futurs réacteurs.

En France, l'approche aménagement du territoire est pour nous très importante : nous raisonnons par bassin d'emplois et, partout où nous sommes très présents, – comme par exemple en Basse-Normandie autour de Cherbourg à La Hague, dans la région de Maubeuge et tout le bassin du Nord-Pas-de-Calais, dans la région Rhône-Alpes au Tricastin ou à Lyon – nous avons des engagements à très long terme avec les différentes collectivités locales et nous entretenons avec ces dernières un dialogue extrêmement actif.

Nous avons d'ailleurs défini au sein du groupe une méthode de management interne appelée AREVAWAY qui permet de juger l'ensemble des managers sur leurs résultats non pas seulement financiers, mais aussi en matière de sûreté, de sécurité, de qualité, d'environnement et de dialogue avec les parties prenantes – collectivités locales, ONG et associations.

Il n'y a pas eu, monsieur Mathus, de déclaration à proprement dite de M. Proglio, mais des propos qui ont été rapportés comme émanant de lui. Il m'a en tout cas affirmé qu'il n'avait pas tenu ceux qu'on lui avait prêtés. En tout état de cause, le sujet a été clos à la fois par Mme Lagarde et par M. Fillon qui ont réaffirmé leur attachement au modèle intégré d'AREVA et leur refus de tout découpage. Si des problématiques ont existé historiquement avec EDF, voilà trente ans que les choses ont été définies et ce n'est donc pas maintenant, monsieur Balkany, que l'on va réintégrer EDF.

Si tel était le cas, j'insiste, nous perdrions comme clients tous les concurrents électriciens d'EDF. Ce serait une catastrophe. Alors qu'EDF ne représente plus que 25 % de notre chiffre d'affaires, nous en perdrions 50 % dès le lendemain d'un rapprochement ! Immédiatement d'ailleurs après que les propos de M. Proglio eurent été rapportés, semble-t-il par erreur, tous nos clients nous ont avertis que leur collaboration avec nous prendrait fin si nous nous rapprochions d'EDF car ils ne voudraient pas dépendre d'un de leurs concurrents. Le monde a changé. Nous ne sommes plus là pour construire le parc nucléaire français mais pour continuer à nous développer sur les marchés internationaux.

S'agissant de savoir, monsieur Mathus si nous sommes écolo-compatibles, la réponse est affirmative. Si, dans les années soixante-dix, le mouvement vert s'est en effet développé à partir de sa lutte antinucléaire, je pense qu'une scission interviendra entre les « Verts canal historique », qui resteront antinucléaires jusqu'à la fin des temps, et les Verts modernes qui finiront par reconnaître que le nucléaire fait partie des solutions. On le voit en Californie mais aussi dans de nombreux pays. D'ailleurs les grands États émergents ne pourraient pas lutter contre le CO2sans le nucléaire, et c'est également vrai de tous les pays industrialisés. Tout bouge à cet égard – voyez la position de la Grande-Bretagne aujourd'hui !

Peut-on, de même, regretter le rapprochement avec Alstom ? Là encore, cela aurait conduit au découpage d'AREVA, c'est-à-dire à une fin du modèle intégré. Les faits sont têtus : le modèle de référence aujourd'hui, c'est le modèle intégré, c'est-à-dire de la mine jusqu'au recyclage. Si vous voulez fusionner Nespresso avec les filtres, il faut que ceux-ci entrent dans Nespresso et pas le contraire.

J'adore la géothermie, madame Colot, mais nous ne pouvons pas tout faire. C'est un métier qui relève plutôt des pétroliers puisqu'il s'agit de faire des trous pour aller chercher de l'eau chaude, ce que nous ne savons pas faire.

Je vous remercie, monsieur Guillet pour votre témoignage sur l'usine d'AREVA T&D de Djakarta. Nous avons une très bonne image à travers le monde et le choc a été collectif. La séparation a été profondément douloureuse et pas seulement sur le plan franco-français. Le paradoxe, une fois encore, est que les critiques sont venues de l'intérieur de notre pays. Comme pour cette éternelle discussion sur les périmètres de chacun, il faut à un moment donné savoir s'arrêter.

Pour ce qui est du solaire photovoltaïque, la seule grande question qui reste en ce domaine est d'arriver à produire des panneaux solaires moins chers en grande quantité. Nous investissons dans des marchés à forte valeur ajoutée technologique. Le marché du solaire photovoltaïque ne requiert pas ce niveau de technicité et il est vraisemblable que bientôt seront produits en Chine des mètres carrés de panneaux solaires à des couts très compétitifs.

Enfin, monsieur Guibal, une entreprise d'État peut constituer un problème dans certains cas. Dans le secteur totalement concurrentiel dans lequel nous sommes, certains concurrents entièrement privés ont pu mener des campagnes en martelant à l'attention de tel ou tel pays que ses centrales ne peuvent être construites par le gouvernement français. Jusqu'à présent, de telles campagnes n'ont pas été très efficaces.

En tout cas, ouvrir le capital pour le laisser respirer est selon moi une bonne solution pour notre avenir stratégique et géographique collectif.

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