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Intervention de Marie-Odile Bouillé

Réunion du 13 novembre 2008 à 9h30
Projet de loi de finances pour 2009 — Culture

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaMarie-Odile Bouillé :

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, permettez-moi de dire, en référence au Bourgeois gentilhomme, que la ministre de la culture est un peu la « Madame Jourdain » du Gouvernement : chaque année, elle propose un budget à la baisse, sans le savoir ! (Sourires.)

Cette année, on nous annonce une augmentation de 2,6 %. Or, en examinant de plus près le montant des autorisations d'engagement hors ressources extrabudgétaires, c'est-à-dire la capacité réelle de dépense du ministère, nous constatons une baisse de 1,2 %, voire 2,4 % si l'on déduit les dépenses de personnel. Dans un contexte où l'inflation est estimée à 2 % au minimum, le budget de la mission « Culture » est donc un budget de récession.

Les élus du groupe SRC dénoncent cette présentation en trompe-l'oeil, qui masque les véritables difficultés du secteur culturel, difficultés auxquelles le Gouvernement n'est pas étranger. Chacun se rappelle en effet qu'en 2008 il avait diminué les crédits alloués aux DRAC de 20 % à 40 % selon les régions.

Nous sommes donc très inquiets. L'autosatisfaction du Gouvernement ne peut être une position politique, ni une ambition pour le rayonnement culturel de notre pays, de ses territoires et de ses hommes.

Alors que les besoins vont croissant en matière de patrimoine monumental et archéologique, il manque chaque année – tous les rapports concordent sur ce point – environ 100 millions d'euros pour faire face aux besoins de ce secteur. Il s'agit pourtant d'un patrimoine remarquable, qui assure le rayonnement et l'attractivité de nos territoires et qui représente un nombre impressionnant d'emplois dans le tourisme et la restauration patrimoniale. Soutenir ce secteur, ce serait donc envoyer un signe attendu aux acteurs culturels et économiques. En s'en abstenant, Mme Albanel contribue à décrédibiliser son budget.

Mais nous avons d'autres motifs d'inquiétude. L'absence de reconnaissance de certains domaines de la création prouve le manque d'ambition du Gouvernement pour faire de la culture un vecteur essentiel de la connaissance et de l'éducation aux arts : moins 2,2 % pour le livre et la lecture, 0 % pour les arts plastiques. En négligeant ces deux domaines de la création, la ministre de la culture prend une décision lourde de conséquences.

Éduquer la jeunesse aux arts plastiques, c'est faire vivre la culture de demain. Comprendre les oeuvres d'hier et d'aujourd'hui, c'est comprendre notre monde, dont l'évolution rapide fait souvent peur. De tout temps, l'art a servi de médiateur entre le monde sensible et la conscience de l'homme. Les arts plastiques sont une fenêtre sans cesse ouverte sur soi-même et sur les autres. Ne pas éduquer nos enfants aux pratiques artistiques, c'est accepter qu'ils ferment les yeux sur eux-mêmes et les enfermer dans un monde d'isolement. En décidant de diminuer les crédits consacrés au livre et à la lecture, on fait tout pour qu'ils ne puissent pas en sortir.

Par ailleurs, les crédits consacrés à la démocratisation de la culture sont maintenus à un niveau catastrophique. Ce choix, nous le condamnons vigoureusement. Les actions en faveur de l'accès à la culture de tous les publics – c'est-à-dire les crédits consacrés aux banlieues, aux handicapés, aux prisons, aux associations d'éducation populaire – sont bloquées à leur niveau le plus bas, après avoir déjà baissé de 15 % en 2008.

Et que dire des réformes de M. Darcos dans le domaine de l'enseignement artistique scolaire ? Mme Albanel a trouvé en lui le pire des alliés. Pourtant, en défendant la place des arts à l'école, elle avait l'occasion de montrer son ambition aux secteurs éducatif et artistique. Ceux-ci n'ont retenu que son silence.

Quant aux établissements publics nationaux, ils sont mis au pain sec. Pour s'en sortir, ils devront développer leurs ressources propres : mécénat, produits dérivés, location d'espaces pour des événements. Que se passera-t-il s'ils n'arrivent pas à équilibrer leur budget ? Appellera-t-on à la rescousse, une fois de plus, les collectivités locales pour pallier les insuffisances du budget de la culture ? Je rappelle que ces collectivités financent déjà les écoles d'arts plastiques et les conservatoires de musique, dont le budget, qui bénéficiera d'une augmentation inférieure à l'inflation, est donc en baisse.

Je le dis avec une certaine gravité, ce budget nous inquiète. Les professionnels et les amateurs, que nous rencontrons tous dans nos circonscriptions, sont anxieux et tirent la sonnette d'alarme. Ils demandent au Gouvernement un peu de considération et les moyens de mener à bien la mission d'émancipation qui est au coeur des projets culturels.

Les députés du groupe SRC refusent d'entériner le choix politique qui, en sacrifiant le budget du programme « Création », fait peser une menace sur toutes les activités de création et de diffusion dans notre pays. En un mot, monsieur le secrétaire d'État, cachez ce budget 2009 que nous ne saurions voter ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

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