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Intervention de Jean-Louis Etienne

Réunion du 10 octobre 2007 à 10h00
Groupe de suivi du « grenelle de l’environnement

Jean-Louis Etienne :

a précisé qu'il avait fait allusion à l'ouverture de voies navigables dans l'Arctique et aux ressources de la région parce que cette réalité doit être prise en compte. On construit des ports dans le Nord du Groenland et dans la baie de Churchill. L'Arctique est la future plaque tournante de l'industrie du gaz et du pétrole.

La signature humaine dans les émissions de gaz carbonique depuis deux siècles montre que l'homme est indiscutablement devenu un acteur du climat. Avant cette intervention, la Terre avait sa vie propre. On connaît bien les cycles climatiques liés aux variations de son orbite. La situation actuelle est toute différente, puisqu'il s'agit d'une prodigieuse accélération du réchauffement.

Nous n'avons plus le choix. Il est urgent de tout mettre en oeuvre pour économiser les énergies fossiles. Les nouveaux gisements de gaz au nord de la Norvège ou de la Russie ne dureront que quelques décennies et représentent une part infime de l'irrigation du monde en énergie, qui repose à 80 % sur l'approvisionnement en pétrole, gaz et charbon. L'amenuisement de la ressource conduira à privilégier certains emplois, par exemple dans l'industrie chimique ou pour d'autres applications où les énergies fossiles sont indispensables.

Nous avons donc quelques décennies pour réinventer nos ressources énergétiques. Ce virage est passionnant, car ce sont notre intelligence et notre faculté d'adaptation qui sont sollicitées. Dans dix ans, on trouvera totalement absurde d'avoir continué de rouler avec des voitures à essence en 2005. Il faut très rapidement prendre des mesures d'économie et adopter le mix énergétique.

À cet égard, il est irresponsable de refuser l'implantation d'éoliennes dans sa commune. Les éoliennes sont plutôt moins laides que les poteaux et lignes à haute tension qui traversent les paysages en tous sens. Au surplus, nous sommes dans une période de transition : dans quarante ans, peut-être démontera-t-on ces éoliennes pour les mettre au musée. Aujourd'hui pourtant, on ne peut se passer de l'éolien.

Il est pratiquement certain que l'on peut arriver très vite à satisfaire les besoins domestiques par l'énergie renouvelable, mais ce n'est pas le cas pour l'industrie lourde et les transports lourds, raison pour laquelle il faut préserver des énergies fossiles.

En ce qui concerne la technologie, des installations pilotes ont été mises en place, par exemple à Lacq, pour restocker le gaz carbonique à la sortie des génératrices. En Chine, on a rassemblé 3 000 ingénieurs dans une université pour travailler sur la pile à combustible : on peut tabler que les Chinois s'apprêtent à s'emparer d'un immense marché mondial. Ce sont eux qui nous vendront les panneaux solaires, les éoliennes et les autres équipements du futur.

La France n'en constitue pas moins un extraordinaire laboratoire et le Grenelle de l'environnement représente à cet égard une grande chance. Au-delà des inquiétudes, la période est enthousiasmante : c'est une Renaissance où il nous faudra réinventer la façon de consommer l'énergie. Nous sommes trop habitués à un certain confort pour qu'une régression soit envisageable. Au contraire, il nous faudra aller dans le sens de l'intelligence.

Dans cette optique, il convient de poursuivre, au-delà du programme industriel, la recherche en matière nucléaire. L'industrie nucléaire produit encore beaucoup de déchet. Il nous faut traverser cette phase. Alors que toutes les autres formes de productions reposent sur l'exploitation de ressources, le nucléaire est l'énergie de l'intelligence humaine. Le principal espoir doit être placé dans la fusion contrôlée l'atome, qui n'est autre chose que la recréation, sur terre, de l'énergie solaire.

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