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Intervention de Jean-Michel Lemétayer

Réunion du 24 mars 2009 à 16h15
Commission des affaires économiques

Jean-Michel Lemétayer, président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles :

En tant que président de la FNSEA, je dois gérer tout ça : c'est probablement la seule organisation où il y a un tel débat !

Tout le monde sait que l'enveloppe des aides n'augmentera pas. Il faut donc trouver des solutions équilibrées. Or je le disais ce midi encore, à l'occasion des Rencontres de l'agroalimentaire, à Michel Barnier : suivant la logique de la Commission européenne, il faudrait diviser l'enveloppe du premier pilier par le nombre d'hectares éligibles, ce qui représenterait, provision pour la gestion des risques incluse, une moyenne de 280 à 300 euros par producteur. Après prélèvement, il ne resterait pas grand-chose : de nombreux producteurs – et pas seulement les céréaliers – auraient de bonnes raisons de s'indigner !

Une majorité de pays a procédé ainsi. Pas nous : nous devons trouver une solution plus intelligente, ce qui n'est pas simple. En France, contrairement au Danemark ou aux Pays-Bas, nous n'avons pas de modèle d'exploitation agricole unique, mais une grande diversité d'agricultures. En matière de céréales, par exemple, on n'a pas du tout la même approche dans la région Centre, dans le Bassin parisien et dans le Sud-Ouest. Si nous souhaitons préserver la diversité agricole de la France, qui fait sa richesse, il faut gérer la politique agricole au plus près du terrain. Or les enjeux dépassent les débats sur les secteurs de productions pour toucher à notre culture alimentaire et à la politique des territoires. Il convient d'avoir la vision la plus large possible, ce qui rend les choses extrêmement complexes.

Pour l'instant, je ne souhaite pas jeter de l'huile sur le feu. J'essaie d'écouter tout ce qui se dit à la FNSEA : suivant le point de vue adopté, chacun est susceptible d'avoir raison. Si les céréales sont à 120 euros la tonne l'an prochain, ce sera le bazar dans les grandes cultures ; en revanche, si elles sont à 160 euros, les décisions du ministre seront supportables. Or personne n'est capable de prévoir l'état du marché dans un an. Dans le secteur laitier, l'embellie d'hier est devenue une catastrophe en 2009, à aide constante. On pourrait multiplier les exemples.

La modulation s'impose à tous : c'est une décision européenne que l'on ne peut pas discuter. En revanche, si l'on veut redistribuer les aides, il faut les mettre toutes sur la table, qu'elles soient couplées ou découplées, afin que tout le monde participe à l'effort de solidarité : c'est le préalable que j'avais posé, et c'est ce qui a été fait dans le cadre de l'article 68. Quant à l'article 63, il permet un redéploiement direct des aides des grandes cultures vers les systèmes d'élevage à l'herbe.

Au-delà de ces mesures ponctuelles, nous devons réfléchir à la manière dont nous allons légitimer les aides dans le difficile débat qui se profile sur l'avenir de la PAC après 2013. L'année 2009 verra le renouvellement à la fois du Parlement européen et de la Commission européenne, mais certains services à Bruxelles travaillent d'ores et déjà sur les perspectives financières. Or, en même temps que du budget de l'Union européenne, on discutera de celui de la PAC.

Nous autres Français devons défendre une politique agricole la plus européenne possible : un autre danger serait la renationalisation de la politique agricole. Nous devons nous atteler, en étant aussi unis que possible, à promouvoir une ambition agricole, agroalimentaire et alimentaire commune, susceptible notamment d'assurer l'indépendance alimentaire de l'Europe.

Il ne faut pas se raconter d'histoires : pas plus que les Américains, nous ne sommes capables de produire aux prix du marché mondial. Nous ne saurons jamais faire du lait au prix néo-zélandais, des céréales aux prix australiens ou des fruits et des légumes aux prix maghrébins ou sud-américains. Ou bien il faudrait aligner les salaires et les conditions environnementales et sanitaires !

Au-delà du débat actuel sur le bilan de santé de la PAC, et une fois les arbitrages en suspens rendus, j'attends du Premier ministre, qui viendra à Poitiers conclure le congrès de la FNSEA, qu'il annonce des mesures d'accompagnement, concernant notamment les mesures rotationnelles ou la gestion des aléas économiques, susceptibles de compléter intelligemment le dispositif présenté par Michel Barnier, d'aider notre agriculture à garder sa cohésion et, surtout, de soutenir l'ambition agricole et alimentaire de notre pays.

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