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Intervention de Monique Bourven

Réunion du 6 janvier 2009 à 18h00
Délégation aux droits des femmes et l’égalité des chances entre les hommes et les femmes

Monique Bourven :

Je répondrai à vos questions pour ce qui concerne le monde de l'entreprise.

Notre étude a montré que les choses ont peu bougé depuis le rapport présenté en 2000 par Michèle Cotta. Sur les 200 premières entreprises françaises par leur capitalisation boursière, le pourcentage de femmes dans les comités exécutifs et dans les organes de gouvernance se situe entre 6 % et 8 %. Le taux de femmes créatrices d'entreprise se monte, quant à lui, à 30 %.

Le déséquilibre s'amplifie avec la taille des entreprises: plus l'entreprise est grande et moins les femmes arrivent à franchir le « plafond de verre » et plus elles sont absentes du haut de la pyramide.

Notre rapport a été publié en 2007 sur la base des chiffres de 2006. À mon sens, les choses n'ont guère avancé depuis. Les sociétés du CAC 40 se targuent d'avoir 10 % de femmes dans leurs conseils d'administration, cela relève en partie de l'affichage. Il ne s'agit que d'un nombre limité de sociétés et ce chiffre est une moyenne, c'est-à-dire, en définitive, un « mensonge » dont il existe, comme le soulignait Disraeli, trois formes : le mensonge, le fieffé mensonge… et la statistique ! Derrière un pourcentage, se cachent en effet des réalités différentes. Celui de 8 % de femmes dans la ressource managériale et dirigeante, par exemple, peut signifier que certaines sociétés en comptent 15 % et d'autres zéro. De même, si, dans les 80 premières entreprises françaises par le chiffre d'affaires, le pourcentage de femmes dans les comités de direction s'élève à 7 %, en réalité, 30 % de ces entreprises ne comptent aucune femme parmi les exécutifs, 30 % une seule et les 40 % restantes trois ou quatre. La donnée intéressante à retenir est que, dans 60 entreprises sur 82, ne figure parmi les dirigeants aucune femme ou, au mieux, une seule femme.

L'évolution est très lente et l'on peut craindre qu'avec la crise, les choses aillent de mal en pis.

La fixation de quotas est envisageable dans la gouvernance, c'est-à-dire pour les conseils d'administration mais pas pour les comités exécutifs, au sein desquels la promotion demande compétence et préparation. On ne peut pas obliger, du jour au lendemain, les entreprises, par une approche sexiste, à compter 50 % de femmes dirigeantes. Je citais d'ailleurs, en conclusion de la présentation de mon rapport au Conseil économique et social, Françoise Giroud qui soulignait que la féminité n'est pas une incompétence mais n'est pas une compétence non plus. Le fait d'être une femme ne donne pas directement le droit de diriger.

Si la politique des quotas dans les exécutifs me paraît donc difficile à mener, avoir imposé, en revanche, un pourcentage de 20 % de femmes dans les conseils d'administration, notamment au sein des banques, aurait été une sage décision au vu de la crise actuelle car je suis persuadée que les femmes n'ont pas la même approche du risque.

Je suis l'une des rares femmes à avoir fait toute sa carrière dans la finance, ce qui ne me semblerait plus possible aujourd'hui. Certes, beaucoup plus de femmes travaillent dans ce secteur qu'à l'époque où j'y suis entrée, mais il n'y en a plus qui franchissent « le plafond de verre ».

Une politique de quotas – un taux de 20 % ou 25 % dans les conseils d'administration me paraît tout à fait atteignable – et des sanctions seraient, selon moi, tout à fait bienvenues.

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