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Intervention de Reine Prat

Réunion du 14 janvier 2009 à 11h00
Délégation aux droits des femmes et l’égalité des chances entre les hommes et les femmes

Reine Prat :

Non, elles sont aussi posées par des femmes ! La mixité n'est pas un but en soi, mais un moyen. Les femmes sont peut-être aussi « sexistes » que les hommes. Pourtant les assemblées mixtes favorisent une prise de conscience de ce phénomène. D'ailleurs, certains de mes collègues qui participent à des jurys exclusivement masculins chargés d'auditionner des jeunes femmes en ressentent maintenant une certaine gêne.

L'approche quantitative est essentielle, mais c'est sur les mentalités qu'il faut agir.

George Sand disait que les moeurs font les lois, mais que les lois ne font pas les moeurs. Je voudrais nuancer cette opinion, car je pense que les lois et les moeurs doivent évoluer ensemble. Dans mon rapport et dans mes préconisations, je m'appuie sur le contexte juridique et contractuel. Les textes votés et la révision de la Constitution nous permettent d'expliquer que les choses doivent changer, mais cela ne suffit pas : chaque individu doit être convaincu de la nécessité de ce changement. Et cela s'applique particulièrement au milieu culturel, où il s'agit de légitimer des artistes. Pourquoi tel artiste est-il reconnu et non tel autre ? Ce n'est pas toujours seulement une question de talent, mais d'impact médiatique et d'efficacité des réseaux. Dès lors, bien souvent les hommes sont favorisés par rapport aux femmes.

Au-delà de la question de l'égalité professionnelle, il est également nécessaire d'agir dans les enseignements et les formations et sur la question des représentations. J'ai fait réaliser une étude sur la représentation des hommes et des femmes, des filles et des graçons, dans les spectacles destinés au jeune public : cette étude montre que les héros sont le plus souvent des hommes, plus rarement des petits garçons et des femmes, mais presque jamais des petites filles ; les rôles masculins sont systématiquement valorisés, et lorsqu'une femme est valorisée, c'est toujours un personnage d'exception – accréditant l'idée qu'une femme normale ne peut exercer de responsabilités ou, tout simplement, ne présente aucun intérêt et que le neutre, universel, est masculin. Le chantier est donc long et complexe.

Vous proposez, madame la présidente, d'instaurer des quotas. A mon tour, je suis prête à en accepter l'idée, mais avec des gradations. Tout d'abord, il faut que les objectifs quantifiés de progression tiennent compte des viviers disponibles. Par exemple, les directeurs et directrices des théâtres consacrés à la création sont généralement des responsables de compagnie. Si 30 % des compagnies subventionnées sont dirigées par des femmes, il est anormal que 5 % de femmes seulement dirigent les institutions d'art dramatique. Voilà le fameux plafond de verre.

Nous devons nous fixer pour objectif, au sein d'un vivier de 30 % de femmes, de nommer 30 % de directrices et cela nécessite un travail de repérage. Dans un petit milieu comme le nôtre, on les connaît : il faut simplement leur faire signe. Je pourrais citer des exemples concrets de femmes récemment nommées à des postes de direction après que leur nom a été évoqué par les services de l'inspection du théâtre.

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