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Intervention de Armelle Andro

Réunion du 19 mai 2009 à 16h00
Mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes

Armelle Andro :

Dans de nombreuses familles, la fille aînée a été excisée – souvent parce qu'elle est née dans le pays d'origine – mais les plus jeunes ne le sont pas et, compte tenu de leur âge et du discours de la mère, ne le seront jamais. C'est une appropriation très rapide des valeurs et du droit à l'intégrité physique tel que le conçoit le pays d'accueil.

Le cadre légal a été extrêmement efficace. Jusqu'à présent (un procès a eu lieu en Suisse) la France était le seul pays à poursuivre pénalement. Cela a eu des effets puisqu'aucune des jeunes filles que nous avons interrogées n'a été excisée sur le sol français dans les années 1990, alors que cette pratique y avait cours dans les années 1980. L'application de la loi et la médiatisation de plusieurs affaires ont éradiqué le phénomène sur le territoire.

Ce cadre légal très coercitif est un bouclier derrière lequel les femmes se protègent encore aujourd'hui. Des mères l'invoquent pour intimider les grands-mères restées au pays : « Si ma fille ne revient pas entière de ses vacances au pays, je me retrouverai en prison et tu en seras responsable » ou encore : « Les gendarmes français viendront te chercher au village si tu touches à ta petite fille ! » Les mères présentent ces démarches comme personnelles mais je pense que leur conjoint est, en partie, dans le même état d'esprit. De nombreuses femmes disent ne pas vouloir que leurs filles subissent les mêmes mutilations qu'elles ni ne vivent la vie qu'elles ont vécue : leurs filles, pour elles, sont des Françaises et ont droit, à ce titre, à une vie affective et sexuelle épanouie.

Dans les pays d'origine, il faudra attendre plusieurs décennies avant que la volonté des gouvernements ne produise une réelle transformation sociale permettant d'être sûr qu'une petite fille ne coure plus de risque. En revanche, il est maintenant inimaginable pour des jeunes filles nées en France, même excisées, de faire subir un tel traitement à leurs propres filles. Les descendants de migrants abandonnent cette pratique. On voit même que les attitudes changent, en quelques années, au sein d'une même famille.

Pour ce qui est des actions de sensibilisation des jeunes en milieu scolaire, il faut faire très attention car elles peuvent être stigmatisantes. Quand on aborde ce sujet en classe, tout le monde se retourne vers les deux ou trois filles africaines pour leur demander si elles ont été excisées, ce qui met ces dernières extrêmement mal à l'aise, pour ne pas dire plus. Les émissions de télévision, par contre, peuvent être utiles. Toutes les femmes en ont parlé comme de quelque chose de très positif

L'infibulation fait partie des mutilations de type III, c'est-à-dire les plus dramatiques. Elles sont pratiquées essentiellement en Afrique de l'Est – Somalie, Djibouti, Éthiopie. On en rencontre peu en France car il y a peu de migrantes originaires de ces pays. Le Royaume-Uni et les pays scandinaves sont beaucoup plus souvent confrontés à ces situations qui, au moment de l'accouchement, sont catastrophiques. Cela étant, une mutilation de type II peut, si la lésion est importante donner l'impression d'une infibulation.

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