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François Loncle
Question N° 124860 au Ministère des Affaires étrangères


Question soumise le 20 décembre 2011

M. François Loncle attire l'attention de M. le ministre d'État, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la situation en Syrie qui est de plus en plus préoccupante. L'attitude intransigeante du régime syrien a conduit l'Union européenne, la Ligue arabe et les États unis d'Amérique à décider une série de sanctions à l'encontre de plusieurs dirigeants syriens. Mais le Gouvernement français a, lui, adopté une position en pointe, en recourant à une rhétorique résolument interventionniste. Il s'est ainsi prononcé en faveur d'une ingérence internationale, bien que celle-ci ne puisse avoir l'approbation de l'ONU, en raison de l'hostilité affichée par la Russie et la Chine. Il a proposé l'instauration de « couloirs humanitaires sécurisés » dans le nord de la Syrie, alors que ce projet est catégoriquement rejeté par le chef du bureau des affaires humanitaires des Nations-unies. La France est enfin le seul pays à avoir reconnu comme « interlocuteur légitime » le Conseil national syrien (CNS) qui regroupe une partie de l'opposition. Il lui demande de clarifier sa diplomatie à l'égard de la Syrie. Il voudrait savoir si la France étudie la préparation d'une opération militaire, dans la mesure où la sécurisation de zones ou de convois nécessite une protection armée et, en conséquence, l'emploi éventuel des armes. Il souhaiterait qu'il lui indique si le Gouvernement est prêt à envisager une telle intervention militaire, même sans l'aval de l'ONU et sans mandat précis. Il désirerait également connaître le rôle exact joué par les agents du service action de la DGSE et les officiers du commandement des opérations spéciales (COS), dépêchés en Turquie et au Liban, auprès des militaires syriens ayant fait défection. Il aimerait savoir si le soutien opérationnel et logistique fourni par la France à l'Armée syrienne libre (ASL), composée des déserteurs, implique des livraison d'armes. Enfin, il lui demande si l'objectif de la diplomatie française consiste à renverser le régime syrien, au risque de provoquer l'éclatement du pays, voire l'embrasement de toute la région.

Réponse émise le 14 février 2012

La France, qui condamne sans faiblesse depuis l’origine la répression sanglante menée par les autorités syriennes contre des manifestants pacifiques, est plus que jamais déterminée à tout mettre en œuvre pour que le sang cesse de couler en Syrie. Comme l’a déclaré le Président de la République, nous estimons que le Président Assad, qui a recours à la force militaire brutale contre son propre peuple et qui porte la responsabilité de la situation, a perdu toute légitimité et ne peut plus prétendre diriger le pays. Nous l’avons appelé à en tirer les conséquences en quittant le pouvoir, dans l'intérêt supérieur de la Syrie et de l'unité de son peuple. A cet égard, la politique de la France est claire et déterminée. Il ne se passe pas un jour sans que la France ne dénonce publiquement la violence et les crimes du régime de Damas.

 Les articles de presses faisant état d’un quelconque soutien opérationnel ou logistique de la France à l’armée libre syrienne (ALS) sont dénués de tout fondement. Comme nous l’avons dit publiquement à plusieurs reprises, nous n’avons pas de contacts avec l’ALS. En outre, une intervention militaire internationale, comme le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes l’a rappelé, n’est pas à l’ordre du jour.

L’acceptation du ministre d’Etat d’étudier la possibilité d’accès humanitaire à la population à la demande de l’opposition syrienne, a pour objectif de prévenir une aggravation de la situation humanitaire signalée par le Bureau de coordination des Affaires humanitaires des Nations unies, qui estime qu’un million et demi de Syriens ont besoin d’une aide alimentaire et que trois millions d’entre eux sont affectés dans leur vie quotidienne par la répression.

La France joue un rôle moteur dans la mobilisation de la communauté internationale pour faire pression sur le régime syrien, à un double titre :

- nous sommes au cœur des efforts pour obtenir une résolution condamnant le régime de Damas, à New York, au Conseil de sécurité des Nations unies ;

- nous soutenons pleinement les efforts de la Ligue arabe, et son plan de sortie de crise ;

- nous sommes à l’origine des sanctions de plus en plus lourdes prises par l’Union européenne contre les responsables de la répression ;

- enfin, la France est mobilisée en faveur du changement démocratique en Syrie. Elle a décidé parmi les premiers de développer ses contacts avec l’opposition syrienne, et en particulier avec le conseil national syrien (CNS). Le ministre d’Etat a rencontré les représentants du CNS pour la seconde fois, le 23 novembre, au Quai d’Orsay. Il a qualifié le CNS d’interlocuteur légitime et a salué son attachement au caractère pacifique de la contestation et son programme politique en vue de l’établissement d’une Syrie démocratique, pluraliste et séculière, basée sur la citoyenneté et le respect des droits des minorités.

5 commentaires :

Le 19/01/2012 à 21:51, Marceline Vallée a dit :

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Bonsoir Monsieur le Député,

Je suis étonnée que vos questions sur la politique extérieure du Gouvernement français, en particulier celles relatives à la situation en Syrie et aux ingérences françaises, n'aient encore reçu aucune réponse, un mois plus

tard.

Il est donc si difficile à Monsieur Juppé de dire la vérité !

Avec mes remerciements et l'expression de mes meilleurs sentiments.

Marceline Vallée

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Le 08/02/2012 à 11:29, chb17 a dit :

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A l'unisson avec le reste de notre presse, et avec le gouvernement qui ne brille pas par sa gestion de la crise ici et trouve un exutoire dans les conflits, un édito de Sud Ouest ce jour fait monter la pression xénophobe. Il fustige le "cynisme" sino-russe pour leur veto... et occulte le cynisme du plus fort.

Alors que Chine et Russie évitent, cette fois, le piège d'un blanc seing à une nouvelle agression « humanitaire » d'un état souverain, les USA, très présents en Turquie, Jordanie etc. d'où ils aident (parmi d'autres) les « déserteurs syriens », utilisant les manifs contre la corruption du régime pour mettre le chaos dans la région.

Bien sûr, Mr Juppé n'explique pas à l'Assemblée quel rôle jouent nos services secrets autour de la Syrie depuis des mois : une réédition de la guerre souterraine en Libye serait raccord avec son cynisme habituel.

La France, qui s'empêtre avec l'Europe dans les sanctions contre l'Iran, participant ainsi à une escalade dangereuse pour de mauvaises raisons, a un rôle plutôt cynique en Syrie depuis des mois.

Ne serait-il pas possible de tenter la négociation avec ces deux pays, plutôt que de jouer les boute feux ?

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Le 08/02/2012 à 19:15, Marceline Vallée a dit :

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Excellent commentaire auquel j'adhère totalement.

Monsieur Loncle a-t-il reçu une réponse, ne serait-ce que dilatoire d'Alain Juppé ? Ce dernier a dit qu'il "ne resterait pas les bras croisés" devant le double veto sino russe . Que peut-il bien faire de plus qu'il ne fasse

déjà depuis plusieurs mois contre le Régime syrien, sauf à bombarder la Syrie avec l'OTAN (frappes chirurgicales à la

manière US) et faire lyncher son Chef d'État...

Nos gouvernants actuels, à la remorque des États-Unis, sèment la guerre hors de nos frontières chez des peuples

qui ne nous ont jamais menacés : Afghanistan, Libye, Syrie et bientôt Iran. Les Français subissent, via les médias une désinformation criminelle, une propagande ignoble au sujet de ces pays.

En Afghanistan, nos soldats n'ont jamais combattu de "terroristes", mais il sont encore deux ans là-bas pour les intérêts économiques et géostratégiques des USA et d'un Occident déboussolé qui ne respecte plus rien.

Le Colonel Kadhafi n'était pas le "tyran sanguinaire" que l'on nous a "vendu", et le Président Bachar Al-Assad ne l'est pas davantage. Mais la Syrie est le dernier verrou à faire sauter pour attaquer l'Iran avec moins de

risques pour les va-t-en guerre Euro-US-Qataris.

Ce double veto est une bénédiction : enfin un coup d'arrêt à la géopolitique impérialiste des États-Unis.

Si nos chers (oh,combien!) dirigeants actuels s'avisent de suivre les États-Unis et Israël dans une guerre

contre l'Iran, nous risquons d'être entraînés dans un conflit majeur, alors que la majorité des Français ne le

veulent pas. La "crise" ces dirigeants éclairés ont en partie provoquée et qu'ils entretiennent, ne justifie pas d'aller tuer son prochain, en l'occurrence les Iraniens : ça suffit ! Assez de massacres gratuits pour voler des terres, du pétrole, des matières premières, et truffer la planète de bases militaires !

A la mi-décembre, le Président chinois a informé les Etats Unis : " en cas d'une intervention militaire contre l'Iran, la Chine entrera immédiatement et directement en guerre contre les Etats Unis".

et "Selon le bulletin du département d'État US (Europian Union Times), le président Hu Jintao a affirmé à son homologue russe et à son premier ministre (Vladimir Poutine) que la seule voie permettant stopper une intervention militaire américaine contre l'Iran est une action armée." Cf. Yahoo et Foxnews

Posture de la Chine ? Ou menace réelle?

Au Conseil de Sécurité, la Chine a fait ce qu'elle disait comme la Russie. Il n'y avait qu'Alain Juppé pour

tenter d nous faire croire le contraire !

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Le 15/02/2012 à 23:24, chb17 a dit :

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La Syrie va voter en référendum et mettre en vigueur une nouvelle constitution dans moins de deux semaines. Est-ce que les USA et ses alliés vont attaquer quand même ?

Selon l'AFP et SANA, le régime syrien a annoncé mercredi la tenue d'un référendum le 26 février sur un projet de nouvelle Constitution qui mettrait fin au monopole du parti Baas, au pouvoir depuis près de 50 ans, « sans pour autant cesser de réprimer la révolte populaire, en particulier à Homs » dit l'AFP qui n'a décidément pas eu vent des attentats revendiqués par l'ASL et autres groupes armés.

"Le système politique sera basé sur le principe du pluralisme politique et le pouvoir sera exercé démocratiquement à travers des élections", assure le texte du projet de Constitution, publié par les médias officiels syriens.

Malgré la situation de quasi guerre civile, il y aura donc le 26 février un vote des citoyens, le multipartisme, enfin une ouverture démocratique : cela apaise-t-il les critiques qui éreintent le régime depuis des mois ? Est-ce enfin le « regime change » que les USA visent depuis 20 ans ? Tous les ennemis de Bachar al Assad voulaient lui imposer la démocratisation, la voilà ! Mais non, les états occidentaux ne se contentent pas de si peu : « une plaisanterie » pouffe la Maison Blanche; Merkel veut aggraver les sanctions; Juppé relance même l'idée de corridors humanitaires - tout en assurant assez hypocritement qu'il n'y aura pas d'intervention militaire...

Alors que les coups d'état menés avec l'aide des occidentaux sont généreusement dispensés de processus démocratiques sinon aux calendes gr...(oups), on dirait que l'ouverture politique obtenue en Syrie agace plutôt qu'elle ne comble d'aise les soit-disant « protecteurs » des peuples.

Et le bilan de l'aventure libyenne, qui se révèle plus catastrophique de jour en jour, n'est pas plus discuté que le million et demi de victimes irakiennes de la « coalition ». Et l'Israël continue, profitant du créneau électoral « favorable » en Russie et aux USA, de peaufiner son attaque préventive contre l'Iran qui a « sûrement bientôt la bombe nucléaire ».

Deux poids, deux mesures, comme d'hab, pour nos presque vertueuses démocraties ! Lesquelles cachent mal leurs magouilles bien colonialistes. La réponse tardive du ministre à F. Loncle évoque ses contacts avec l'opposition, mais nie qu'il en ait avec l'ASL, alors que nos agents sont « prêts à intervenir » aux frontières de la Syrie qui grouillent de déserteurs ?! S'ils font du tourisme, qu'il les rapatrie vite, alors !

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Le 12/12/2012 à 15:56, chb17 a dit :

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Un an après, il y a plus de morts et plus de biens détruits en Syrie. A part cela, la situation est à peu près similaire :

- selon les termes de F. Loncle le 20/12/11, "le Gouvernement français a [encore] une position en pointe, en recourant à une rhétorique résolument interventionniste. Il s'est ainsi prononcé en faveur d'une ingérence..."

- un (autre) conglomérat d'opposants exilés est reconnu par la France légitime représentant de la Syrie,

- le partenariat avec des pétro-dictatures passe toujours pour légitime lui aussi, celles-ci envoyant armes et troupes contre Bachar à notre place,

- nos contacts avec les insurgés sont étroits, bien que secrets,

- les militaires français sont cachés (le ministre tait jusqu'à la localisation de notre porte-avion sur zone),

- l'intervention hors ONU est toujours dans les projets (cette fois sous prétexte d'A.D.M., écho du mensonge qui avait notamment tué 1 000 000 irakiens),

- on s'active toujours pour établir le "couloir humanitaire", bientôt protégé par des systèmes Patriot,

- les politiques et médias français sont globalement dans une logique de guerre, qu'ils étendront à l'Iran le moment venu,

- et les questions de F. Loncle sont toujours d'actualité quant à nos actions subreptices et à l'embrasement de toute la région.

Une évolution est à noter pourtant : par exemple,

- les exactions de groupes de rebelles sont dénoncées de façon plus claire, et l'OSDH n'est plus autant citée comme seule source d'"informations",

- du matériel de guerre de l'OTAN s'accumule à proximité de la Syrie,

- l'une des principales forces rebelles est devenue "terroriste" sur la liste étatsunienne idoine (même si on compte beaucoup sur ce Front al Nousra pour aggraver le chaos), ce qui laisse craindre un dénouement imminent via une "solution" à l'occidentale,

- le projet "démocratique" pour le compte des citoyens et à leur place n'est plus guère évoqué, tant il est patent que la majorité des syriens fait (naturellement) bloc derrière son régime,

- certains intellectuels appellent timidement à envisager des négociations (ainsi http://www.peaceinsyria.org/mission.html ).

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