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Intervention de Stéphane Richard

Réunion du 1er février 2012 à 10h00
Commission des affaires économiques

Stéphane Richard, président-directeur général de France Télécom Orange :

Je suis très heureux de l'opportunité qui m'est donnée de parler du secteur des télécommunications, notamment à l'occasion du « buzz » que provoque l'arrivée du quatrième opérateur.

France Télécom Orange est l'entreprise des Français, un élément important de leur patrimoine économique. L'État détient encore, directement ou indirectement, 27 % de son capital. La société France Télécom Orange est aujourd'hui un vrai champion de l'économie française. Elle est présente dans 34 pays d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient. Elle emploie 170 000 salariés. Elle compte un peu plus de 220 millions de clients dans le monde, pour des services fixes et mobiles. L'an dernier, elle a réalisé un chiffre d'affaires de 46 milliards d'euros. Elle investit chaque année 6 milliards d'euros, soit 13 % environ de son chiffre d'affaires. Le montant annuel investi en recherche et développement – 800 millions d'euros – est à lui seul supérieur à la marge d'Iliad.

Il y a un peu plus de deux ans, France Télécom Orange était une entreprise en crise assez profonde, crise révélée par l'apparition de suicides. La première priorité de la nouvelle équipe que j'ai l'honneur de diriger a été de rétablir au sein de l'entreprise un climat social et de travail apaisés, permettant à l'entreprise de faire face aux défis qui l'attendent. À cette fin, nous avons pris plus de 150 mesures, regroupées dans ce que nous avons appelé « le nouveau contrat social ». Ce « contrat social » a été partagé avec l'ensemble des organisations syndicales, qui ont chacune signé des accords importants. Son déploiement est également suivi de manière contradictoire avec les partenaires sociaux. Il représente un investissement global de 900 millions d'euros pendant la période 2010-2012, sur lesquels, aujourd'hui, 500 millions ont été engagés. La quasi-totalité des 150 mesures connaissent au moins un début d'application.

Ce n'est pas forcément le dirigeant d'une entreprise qui est le mieux à même d'en comprendre le climat social. Pour connaître celui-ci, il est essentiel d'interroger les autres parties prenantes, notamment les partenaires sociaux. Leurs propos me semblent indiquer que le dialogue a été réellement rétabli.

Nous avons mis en place un « baromètre social ». Il s'agit d'une enquête réalisée tous les six mois auprès de 4 000 salariés de toutes les catégories et fonctions de l'entreprise, destinée à mesurer le niveau de satisfaction de nos collaborateurs dans leur travail. La dernière édition de ce baromètre a permis de faire apparaître que 84 % des salariés du groupe France Télécom Orange considèrent qu'y travailler est au moins aussi bien, voire mieux, que travailler dans toute autre entreprise française. Pour moi, cela signifie que la fierté d'appartenance à notre entreprise est vraiment de retour. Par ailleurs, le « petit absentéisme », dont le taux est un signe essentiel du bien-être au travail, a lui aussi assez nettement diminué, pour la première fois depuis des années.

Enfin, nous sommes engagés dans un programme de 10 000 recrutements sur trois ans, qui s'achève en 2012 ; à la fin 2011 plus des deux tiers des recrutements prévus ont été réalisés.

France Télécom Orange est un contributeur majeur de l'économie française. La moitié de son chiffre d'affaires de 46 milliards d'euros est réalisé en France ; c'est un peu plus de 1,5 du PIB de notre pays. 100 000 de ses 170 000 salariés sont employés en France ; c'est 80 % environ de l'emploi direct du secteur des télécoms. Nos centres de recherche emploient plus de 3 000 salariés. Enfin, si l'on inclut les emplois indirects, c'est plus de 300 000 emplois qui ont pour origine France Télécom Orange.

France Télécom Orange est l'entreprise qui a construit tous les réseau de télécommunication en France depuis quarante ans : le réseau de téléphone fixe, l'ADSL, l'essentiel des réseaux fibrés, les premiers réseaux mobile, de deuxième génération (2G), de troisième génération (3G), et bientôt de quatrième génération (4G). Nous investissons chaque année 2,6 milliards d'euros en France. Cela représente 1,6 % de l'investissement français.

Nous sommes engagés dans un programme ambitieux qui vise à couvrir en réseaux fibrés, d'ici 2020, 60 % de la population sur 3 600 communes se répartissant en 220 agglomérations, pour un investissement de 2 milliards d'euros. Cela dit, je comprends parfaitement les demandes des élus en matière de déploiement de la fibre. Ils font face à une demande très forte de leurs administrés, considèrent à juste titre que la fibre est un enjeu de compétitivité essentiel pour les territoires, et s'inquiètent de l'articulation à trouver entre l'action des opérateurs privés – dont France Télécom Orange – et des acteurs publics dans le domaine de la fibre. La France, qui a besoin du développement de la fibre, dispose aussi des moyens de la déployer. Mais pour y arriver, un cadre nouveau est nécessaire. Ce cadre devra être différent de celui qui avait été mis en place dans les années 1970 pour le développement du téléphone ; il devra rechercher des convergences, des mutualisations, ainsi que la complémentarité des efforts et des initiatives des opérateurs privés – qui prendront une part essentielle au déploiement – , des collectivités locales et de l'État.

En 2009, eu égard aux nombreuses incertitudes du cadre réglementaire, France Télécom Orange avait purement et simplement décidé de suspendre le programme de déploiement de la fibre. Compte tenu des éclaircissements obtenus après quelques mois de discussions intenses avec l'ARCEP, nous avons décidé de relancer ce programme. C'est une énorme machine : les efforts et les compétences nécessaires pour monter rapidement en puissance sont considérables. Nous rattrapons actuellement le retard que nous avons pu prendre. Entre 2010et 2011, le montant des investissements du groupe pour la fibre aura été multiplié par 2,2 ; en 2011, son investissement direct y sera supérieur à 150 millions d'euros. En 2012, celui-ci va encore plus que doubler, et passer à quelque 300 ou 350 millions d'euros. À partir de 2013, l'investissement annuel du groupe dans la fibre en France sera compris entre 400 et 500 millions d'euros.

France Télécom Orange est aussi un contributeur très substantiel au budget de l'État. Chaque année, nous payons 4 milliards d'euros d'impôts et taxes et nous versons 1 milliard d'euros de dividendes à l'État. Nous venons de débourser plus de 1 milliard d'euros pour acquérir le spectre qui nous sera nécessaire pour déployer le très haut débit mobile.

Le modèle de partage de la valeur de France Télécom Orange est assez exemplaire. En 2010, les 26,8 milliards d'euros de valeur ajoutée dégagés par le groupe ont été ainsi répartis : 40 % en faveur de ses salariés – sous diverses formes –, 22 % pour ses investissements, 14 % au profit du remboursement de la dette du groupe – elle est encore de 30 milliards d'euros – et enfin 16 % pour les actionnaires, dont le principal reste l'État.

J'ai été chagriné d'entendre ces derniers temps des affirmations sur une rente de la téléphonie mobile, ou encore sur le fait que cette industrie serait en France une industrie de rendement et non pas d'investissement.

La téléphonie mobile est sans doute le seul service indispensable dans la vie de nos concitoyens dont les prix ont constamment diminué pendant les dix dernières années. Ainsi, selon les chiffres de l'ARCEP, entre 2006 et 2010 le montant moyen des tarifs du mobile a baissé en France de 12 % en moyenne. Cette évolution doit être comparée à l'augmentation de 12 % des péages autoroutiers, de 15 % des tarifs de l'électricité et de la poste, ou encore de 17 % de ceux du métro.

Cette baisse des prix s'est accompagnée d'une explosion des usages, laquelle a nécessité des investissements considérables : sur nos réseaux, le trafic de données a été multiplié par 53 depuis cinq ans. En réalité, à niveau d'usage comparable, les dépenses de téléphonie mobile des ménages français ont baissé de 40 % en cinq ans. Le procès qui nous est fait sur l'absence de baisse des prix avant l'arrivée de Free est donc particulièrement injuste. Alors que, l'an dernier, le Gouvernement a décidé d'augmenter de 7 points le taux de TVA sur les forfaits de téléphonie mobile, les opérateurs n'ont pas répercuté cette augmentation.

Une étude publiée en décembre 2011 par le régulateur britannique, l'Ofcom, et qui concerne le Royaume-Uni, l'Italie, l'Espagne, les États-Unis, l'Allemagne et la France montre que notre pays est le deuxième pays le moins cher du monde pour les tarifs de téléphone, et ce sur l'ensemble des paniers étudiés : téléphonie mobile ou fixe. Il est aujourd'hui établi que les tarifs français de l'internet fixe sont parmi les plus bas du monde. Les propos aux termes desquels le prix du téléphone mobile serait plus élevé en France qu'à l'étranger sont tout simplement faux. Notre présence dans 35 pays nous permet de faire apparaître que le niveau des marges en France est plutôt dans la moyenne basse de nos marges dans le monde. La marge d'Orange dans le téléphone mobile en France est de l'ordre de 35 %, et non pas de 50 % ou 60 % comme je l'ai entendu. Là aussi ce chiffre est dans la moyenne basse de nos marges à l'échelle mondiale. Ce niveau de marge nous a pourtant permis d'investir de façon satisfaisante pour construire des réseaux de téléphonie mobile aujourd'hui parmi les plus performants au monde, et d'établir une répartition de la valeur équilibrée entre la part qui revient aux salariés – qui inclut les recrutements – et celle que nous affectons aux autres parties prenantes. La France ne s'est décidée à augmenter le nombre d'opérateurs que dix ans après de nombreux autres pays, en décalage de phase en quelque sorte. Nous verrons bien quelles seront les conséquences de ce choix audacieux. Elles se feront sentir dans les mois et les années qui viennent. Cela dit, ayant déjà géré ce type de situation à l'étranger, nous sommes très bien préparés pour le faire en France.

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