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Intervention de Jean-Michel Boucheron

Réunion du 9 novembre 2011 à 15h00
Projet de loi de finances pour 2012 — Défense

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Michel Boucheron, rapporteur pour avis de la commission des affaires étrangères :

Monsieur le ministre, vous nous présentez un budget de 31 milliards d'euros, dont 16 milliards en investissement Notre commission des affaires étrangères l'a approuvé, sans que j'aie eu besoin d'insister outre mesure.

Ce budget est, dites-vous, dans la ligne de la loi de programmation militaire. Tout est dans le mot « ligne ». En fait, nous serons 10 % au-dessous de la loi de programmation, car sa réalisation sera difficile compte tenu du retard de rentrée des recettes exceptionnelles, de la dépréciation probable des recettes immobilières, de l'épuisement des reports de crédits, d'économies lointaines attendues de la réorganisation, du surcoût inévitable des bases de défense, d'un financement d'OPEX non encore clarifié, d'économies supplémentaires imposées par la baisse des prévisions de croissance et par les dernières annonces d'économies budgétaires, 46 milliards d'euros d'engagements non couverts à la fin de 2012, ce qui rendra difficile le lancement éventuel de nouveaux programmes. La « bosse » se reconstitue.

Ce budget sera donc extrêmement difficile à réaliser. Ce n'est pas un problème majeur. Je n'ai pas le dogme de la loi de programmation et encore moins celui des livres blancs, qui vieillissent très vite dans le monde post guerre froide. Que valaient les livres blancs rédigés à la veille de la chute du mur de Berlin, du drame des Twin towers ou à l'aube des printemps arabes ?

À ce propos, je constate avec satisfaction que nous n'avons pas disloqué notre dispositif africain, comme nous y invitait avec légèreté le dernier livre blanc. La Côte d'Ivoire, la montée d'Al-Qaida au Sahel. la persistance de la piraterie, sans compter quelques lointaines nécessités, nous ont ramenés au réalisme.

Je voudrais rappeler que, même si la précédente loi de programmation militaire n'a pas été plus réalisée que les autres, nos armements modernes récemment fabriqués ont été au rendez-vous de la Libye. Si j'excepte l'échec du drone européen, tous les autres systèmes ont été parfaitement opérationnels : Rafale, kit de guidage A2SM, SCALP et Tigre, Mistral, SNA.

Il n'est d'ailleurs pas inutile d'établir quelques comparaisons. Les États-Unis baissent pour la première fois leur budget depuis trente ans, mais en même temps ils augmentent leurs investissements et leur budget de recherche et développement. N'oublions pas que leur retrait d'Irak et d'Afghanistan leur fera économiser 100 milliards de dollars par an.

La Chine augmente significativement son budget. Au rythme actuel, dans dix ans il atteindra celui des États-Unis.

La Grande-Bretagne baissera le sien de 15 % d'ici à 2014, l'Allemagne de 14 %, passant ainsi très au-dessous de 1 % du produit intérieur brut. L'Europe veut-elle exister ?

Dans notre budget, les trois principales victimes de ce ralentissement sont la simulation nucléaire, la rénovation de nos Mirage 2000 et l'éloignement dans le temps du lancement du satellite CERES. Pour ce dernier programme, il serait souhaitable que le retard soit comblé, car le renseignement d'origine électromagnétique combiné à l'image d'origine spatiale est l'élément capital de nos moyens de renseignement.

Rappelons l'immense effort de nos personnels. Ils auront connu, à la fin de 2012, 184 mouvements de réorganisation et 34 000 départs. La suite sera plus difficile pour ceux qui en auront la gestion.

Depuis la chute du mur de Berlin, nous ne cessons de réorganiser l'outil militaire. Le paysage stratégique l'impose mais, nos concitoyens doivent le savoir, c'est difficile à vivre en interne.

Au titre des bonnes nouvelles à attendre, quitte à surprendre et malgré une baisse conjoncturelle, je citerai les perspectives à l'exportation. II est possible que le Rafale sorte enfin de son isolement franco-français. Je n'ai pas d'inquiétude sur les capacités de l'A400M à trouver des marchés quand il sera opérationnel.

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