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Intervention de Armand Jung

Réunion du 23 juillet 2007 à 21h45
Libertés et responsabilités des universités — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaArmand Jung :

Madame la ministre, il est clairement indiqué dans la lettre de mission du Président de la République que l'objectif prioritaire de votre ministère est de porter au meilleur niveau mondial notre système d'enseignement supérieur et de recherche. Il est même précisé, dans cette lettre, que vous devrez améliorer le rang de nos établissements d'enseignement supérieur dans les classements internationaux, avec l'objectif de classer au moins deux établissements français parmi les vingt premiers et dix parmi les cent premiers.

Notre pays compte à l'heure actuelle quatre-vingt-cinq universités, presque autant que de départements. « C'est énorme ! », avez-vous dit en commission des affaires culturelles. Seules trois universités françaises figurent à l'heure actuelle parmi les 100 premières dans le classement de Shanghai des 500 meilleures universités mondiales, classement qui, à tort ou à raison, nous sert de référence. Il s'agit de Paris VI, de Paris XI et de Strasbourg I.

Si l'objectif du Gouvernement, et nous pouvons le rejoindre sur ce point précis, est de favoriser la création de campus de réputations européenne et mondiale, il convient donc forcément de se poser la question du regroupement et de la fusion de nos universités, seule à même d'attirer les meilleurs enseignants et chercheurs du monde entier et de leur offrir des conditions de travail, de carrière et de rémunération valorisant le talent et la compétence.

Votre projet de loi, qui se concentre sur la gouvernance des établissements, ne favorise pas suffisamment et explicitement la fusion de nos universités. Il peut même être un frein pour celles de nos universités qui ont d'ores et déjà décidé de se regrouper en une université unique.

Le découpage actuel de nos établissements entre universités spécialisées est incompréhensible pour les étrangers. Il complique les relations de partenariat avec eux et handicape donc les universités françaises. C'est pourquoi il faut construire en France quelques universités pluridisciplinaires et généralistes, tout au plus une dizaine, comparables aux grandes universités européennes et mondiales.

La pluridisciplinarité apparaît aujourd'hui comme un enjeu fondamental. En permettant une grande richesse de combinaisons et de synergies, elle favorisera la création de nouveaux objets de recherche, de nouvelles filières de formation, de nouvelles possibilités d'options dans les filières existantes.

Qui peut croire aujourd'hui que l'on peut s'attaquer aux problèmes de l'environnement sans mobiliser à la fois des géographes, des géologues, des démographes, des juristes, des sociologues, des urbanistes, des chimistes ?

Même pluridisciplinarité nécessaire pour les problèmes d'éthique – des affaires, des relations internationales, de bioéthique –, pour la place de l'image et des techniques de l'image, pour la conquête de l'espace, pour les relations entre les peuples, les cultures, les religions, dans le cadre de la mondialisation. Aucune science ne peut plus prétendre avoir le monopole des réponses sur quelque problème que ce soit.

La constitution de pôles de recherche et d'enseignement supérieur – les PRES –, qui se limitent à une coopération volontaire et incitative, ne me semble pas répondre à l'objectif de création de grandes universités intégrées.

L'université unique, c'est le choix de l'audace et du progrès contre la résignation et la stagnation : une seule université sur un seul site, une présentation unifiée de l'offre de formation et des activités de recherche, un seul site informatique, un seul service de valorisation de la recherche, une seule politique, une seule équipe présidentielle avec qui négocier tous les partenariats.

Dans un discours remarqué, prononcé à Strasbourg le 2 juillet dernier, le Président de la République a déclaré : « II faut montrer que Strasbourg est la capitale de l'Europe et s'en donner les moyens. »

II n'y a pas de capitale européenne sans université européenne. La future université unique de Strasbourg, qui regroupe les trois universités strasbourgeoises actuelles, pourrait être créée dès le 1er janvier 2009. Les neuf conseils des trois universités ont voté à une forte majorité en faveur de ce projet.

Cette université, qui deviendra l'une des grandes, sinon la plus grande, de notre pays, comptera 43 000 étudiants, dont près de 20 % d'étrangers, et 4 000 à 5 000 enseignants, chercheurs et personnels administratifs. Ce projet de fusion, véritable laboratoire expérimental, rendra service à toute la communauté universitaire de France en constituant un modèle dont pourront s'inspirer d'autres sites universitaires. Je pense notamment aux universités d'Aix-Marseille qui ont annoncé leur intention de se réunifier.

Le projet strasbourgeois d'une université unique peut parfaitement intégrer les nouvelles dispositions de votre projet de loi, mais l'article 30 de votre texte bouleverse l'échéancier du projet de fusion, pourtant validé par votre ministère, qui prévoit la création de la nouvelle université au 1er janvier 2009.

Devoir recomposer un conseil pour chaque « ancienne » université, à quelques mois de la réalisation de la nouvelle université, avec ce que cela implique de remise au bon niveau d'information de ses nouveaux membres, serait générateur de risques forts pour l'avancement de la démarche et du respect du calendrier négocié avec l'administration centrale.

Le site de Strasbourg, si on lui en donne les moyens, a la capacité d'être l'un des campus « de réputation mondiale » réclamés par le Président de la République. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.)

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